DreD, le 27 August 2012 - 19:41 PM, dit :
J'ai ma petite opinion sur les préjugés et les stéréotypes et parfois ça me met dans la merde auprès des gens qui font de l'écoute sélective. Ceci dit, ce que je me prépare à dire est très général, ça dépasse largement les préjugés envers les noirs.
Grosso modo, je considère que les préjugés et les stéréotypes ont une utilités. Qu'on le veuille ou non, les stéréotypes sont en quelque sorte des clichés sociaux. Ils existent parce qu'ils représentent une réalité (plus ou moins répandu, qui a une résonance historique). Quant aux préjugés, je pense principalement à ceux basés sur l'apparence, ce sont des jugements superficiels qui nous permettent de faire un "trie" rapide. Bref, dans les deux cas, c'est un point de départ qui est requis. Dans certains cas, on pourrait même dire que c'est un mécanisme normal de défense. Si je peux faire une analogie avec l'ingénierie ou les mathématiques, les préjugés sont les hypothèses de départs d'un problème ou les données initiales en entrés d'un modèle. On s'en sert pour remplir des trous dans nos connaissances.
Donc le problème des préjugés, ce ne sont pas qu'ils existent, ils sont inévitables selon moi. Le problème vient du fait que certaines personnes sont incapables de voir au delà de ces "données" initiales. Par exemple, ils n'adapteront pas leur jugement par rapport aux nouvelles informations qu'ils reçoivent lorsqu'ils côtoie des gens envers qui ils auraient justement un préjugé défavorable. Dans le pire des cas, il ne se donneront même pas la peine de faire "l'expérience" eux-mêmes. Ils vont préférés se conforter dans cette facilité. J'imagine que la peur et la paresse sont les deux principaux moteurs de cette fermeture d'esprit.
En sciences pures, nos hypothèses évolues au fur et à mesures qu'ont connais mieux l'objet de la recherche. De la même façon, ils faut éviter le dogmatisme et ajuster le tire dans nos relations interpersonnelles et sociales.
En fait c'est une opinion qui semble assez juste.
En philosophie de la psychologie c'est pas mal un des gros sujet de l'heure, soit la "cognition raciale" (
racial cognitio). Et bon, mon directeur de recherche, avec qui j'ai eu quelques séminaires où on discutait de ce sujet là, fait partie des "big shot" sur ce sujet là.
Et bon, grosso modo les études sur la cognition raciale (soit le fait qu'on classifie cognitivement les humains en fonction de leur race) semblent montrer que ça fait partie du mode de fonctionnement cognitif de l'être humain de faire ce genre de classification là, et que même avec toute la bonne volonté du monde, les réflexes sont extrèmement difficiles à défaire, voir même impossible.
Par exemple, en ce moment aux USA les noirs correspondent au cliché du criminel, du gang de rue, et on se rend compte que systématiquement les gens vont identifier plus rapidement une arme à feu lorsque présenté à côté d'un visage d'homme noir, par rapport à d'autres ethnies. Et bon, la personne a beau est sincèrement non-raciste et même être activement millitante contre le racisme, elle fait quand même cette association là plus rapidement. Même chose avec par exemple la fréquences cardiaque associé à la présence nouvelle d'un individu qui correspond à un stéréotype.
Mais bon, je parle de mémoire simplement. Et bon, la question c'est de savoir si ce genre d'attitude là a une fonction évolutionniste, qui justement serait une stratégie de survie efficace que de nous pousser à faire plein de catégories et avoir plein de "préjugés" sur différentes choses qui nous entoure, ou si c'est toujours qu'un construit social. Mais bon, avec la difficulté qu'on à a éliminer ces réflexes associatifs là, on peut penser que c'est plus qu'un simple construit social, que la catégorisation se fait quasi obligatoirement dans le fonctionnement même de l'esprit.
On est capable de dépasser ces réflexes là de manière consciente, mais on est pas capable de les arrêter complètement.
En ce sens là, mon opinion c'est que le racisme en soit va toujours être présent parce que c'est "facile" de continuer de penser selon ce genre d'intuitions. Ça va toujours demander un effort supplémentaire pour dépasser ça.