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Guillaume Vincent

Taxe à 75 % : des sociétés délocalisent déjà leurs cadres

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Taxe à 75 % : des sociétés délocalisent déjà leurs cadres

ls installent à l'étranger quelques fonctions clés et préparent des baisses de rémunération pour ceux qui restent en France. La taxe aura un effet négatif sur les recettes fiscales.

coeur-.gif«J'avais recruté trois cadres américains à Paris. Ils sont partis, confie le PDG d'un groupe industriel du CAC 40. Ils exercent les mêmes fonctions, mais sont basés ailleurs.» Leurs impôts rempliront désormais les caisses d'autres États, leurs dépenses personnelles feront fleurir les économies d'autres pays. Seule consolation, leur travail profitera toujours à l'expansion internationale d'un fleuron de l'industrie française.

La taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d'euros n'est pas encore votée, mais elle fait déjà des ravages. Elle fait fuir dirigeants et cadres supérieurs, même ceux qui sont encore loin de gagner une telle somme. «Après des semaines de négociations, un manager de retour d'expatriation a annulé au dernier moment la signature d'un contrat de location pour un grand appartement de prestige, raconte un agent immobilier parisien. Son employeur a choisi de l'installer à Londres.»

David Cameron, le premier ministre anglais, n'a pas besoin de «dérouler le tapis rouge aux entreprises françaises», comme il l'a proposé en juin. La capitale leur sert déjà de refuge. C'est à Londres qu'un groupe tricolore vient d'installer un manager français, débauché aux États-Unis dans une société d'ascenseurs, mais qui refusait de rentrer dans l'Hexagone. Du coup, une partie de son équipe, jusqu'ici basée en France, va devoir traverser la Manche pour le rejoindre. La liste d'attente au lycée Charles de Gaulle à Londres «a augmenté de plus de 700 demandes après le 6 mai», confie un diplomate.

Même les groupes les plus prestigieux doivent se plier aux conditions de leurs recrues. Hedi Slimane, le nouveau directeur artistique de Saint Laurent, conservera ainsi sa résidence principale à Los Angeles, où il vit depuis 2007. Il sera entouré d'une petite équipe afin de plancher sur les futures collections de la maison, même si le studio de création reste à Paris.

«Vous ne trouverez plus aucun cadre étranger qui accepte de venir à Paris, assure le patron d'un groupe de luxe concurrent. Cette mesure va freiner l'attractivité de la place de Paris.» Une analyse partagée par un homologue de l'industrie: «Faire venir un cadre de haut niveau et le baser en France, c'est devenu mission impossible.»

Certains dirigeants allemands, espagnols, italiens ou suisses, qui occupent de hauts postes au sein de groupes français, pourraient être tentés d'exercer leurs fonctions en étant basé hors de France. Après tout, dans les affaires, un «président normal» passe son temps à voyager.

Décalage des bonus

Pour les managers de groupes français en poste dans l'Hexagone, la taxe à 75% est en effet vécue comme une injustice et déstabilise l'ensemble du management. La foudre fiscale ne s'abattra que sur les dirigeants domiciliés en France, et pas sur leurs collègues à l'étranger, qu'ils côtoient au comité de direction. Plus grave, la taxe à 75 % déstabilise même ceux qui ne sont pas concernés. «J'observe des inquiétudes dans mon entourage, ce sont avant tout mes collaborateurs qui m'interrogent sur leur déménagement à l'étranger, confie le patron d'un fleuron de l'industrie française aux résultats florissants, qui n'a nullement l'intention de partir. Je ne sais pas comment je vais faire.»

Dans certaines entreprises habituées à promouvoir les meilleurs au plus haut niveau, les ambitieux poussent à la délocalisation. «J'ai une pression de certains cadres dirigeants pour partir à l'étranger», confie le patron d'un groupe réalisant plus des trois quarts de son chiffre d'affaires hors de France.

Chez BNP Paribas, plusieurs responsables de la salle de marché ont demandé leur mutation à Londres à leur employeur, qui l'a refusée sans être certain de les retenir.

Avant de prendre des décisions radicales, les dirigeants attendent de connaître les modalités de la taxe, et s'accrochent à des déclarations de ministres et de conseillers de l'Élysée, qui promettent une mesure temporaire. Autre espoir, partagé par une partie de l'exécutif: la taxe pourrait être retoquée par le Conseil constitutionnel, qui devrait prendre une décision sur le sujet fin décembre. Mais si les sages valident la taxe, elle s'appliquera sur les revenus perçus en 2012.

Pour en limiter l'impact immédiat pour les salariés concernés, les directions des ressources humaines pourraient décaler le versement des bonus, qui seraient bloqués, le temps de laisser passer l'orage fiscal. À condition que la mesure ne soit pas éternelle…

Limiter les rémunérations à un million d'euros

Les grands groupes sont par ailleurs prêts à adapter pour 2013 les rémunérations de leurs principaux dirigeants qui resteraient basés en France. «Ce qui est sûr, c'est qu'on ne fera pas de cadeau à l'État, confie un membre de comité exécutif d'un des principaux groupes français, qui a calculé que, s'il coûte 3,5 millions d'euros par an à son employeur, il ne lui reste plus, après le paiement des charges patronales et sociales, puis le règlement de ses impôts, que 750 000 euros. Si la loi passe, on sera payé un million d'euros, et pas plus.»

Un avis partagé par certains gestionnaires d'actifs anglo-saxons présents au capital de grands groupes français. Leurs représentants ont ainsi prévenu des mandataires sociaux qu'ils refuseraient d'accepter toute rémunération supérieure à un million d'euros lors des prochaines assemblées générales. Une véritable incitation à la délocalisation.

http://www.lefigaro....eurs-cadres.php

Modifié par Guillaume Vincent

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Lorsqu'on sait qu'actuellement les plus hauts salarié de France (0,1% des payeurs de taxes) paie environ 17,5% d'impôt par année il y a des questions à se poser, peut importe le taux réel d'imposition.

Et lorsqu'on trouve un article comme celui-ci, je me dis qu'il faut vraiment faire quelque chose :

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012/07/23/006-sommes-paradis-fiscaux-rapport.shtml

Selon une étude de l'association Tax Justice Network (TJN), au moins 21 000 milliards de dollars d'actifs financiers étaient détenus par des particuliers fortunés dans des paradis fiscaux à la fin de 2010, soit l'équivalent du poids cumulé des économies américaine et japonaise.

L'ONG britannique estime que 92 000 personnes (0,001 % de la population mondiale) sont détentrices de ces avoirs.

Selon la fourchette haute de l'estimation, le montant des actifs financiers détenus dans des territoires à l'abri des administrations fiscales pourrait atteindre 32 000 milliards de dollars, souligne l'organisation dans cette étude publiée dimanche et menée par un ancien expert du cabinet de conseil McKinsey, James Henry.

TJN indique que si ces sommes rapportaient un « modeste » rendement de 3 % par an et si un prélèvement de 30 % était appliqué sur ce revenu, cela générerait entre 190 et 280 milliards de recettes fiscales, soit près du double de l'aide au développement versée chaque année par les pays riches de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

« Ce nouveau rapport se concentre sur un énorme trou noir de l'économie mondiale [...] à un moment où les gouvernements à travers le monde manquent de ressources », a souligné M. Henry, cité dans un communiqué.

D'après son étude, les 50 premières banques destinées aux clients fortunés ont collectivement géré en 2010 plus de 12 100 milliards de dollars dans des investissements transfrontaliers (contre 5400 milliards en 2006), via notamment des trusts qui permettent de dissimuler le nom du bénéficiaire réel de ces placements.

Les établissements UBS, Credit Suisse et Goldman Sachs forment le trio de tête des banques ayant géré le plus d'actifs extraterritoriaux pour le compte de leurs clients fortunés, selon cette étude baptisée The Price of Offshore Revisited (Nouveau regard sur le coût des paradis fiscaux).

Selon M. Henry, la perte en revenus fiscaux « est assez grande pour faire une différence significative dans les pays connaissant une baisse de l'aide financière extérieure et ceux aux prises avec les conséquences néfastes des changements climatiques ».

Le rapport se base sur des données du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque des règlements internationaux. TJN soutient que ses estimations sont conservatrices, puisqu'elles ne tiennent pas compte des avoirs physiques, comme les oeuvres d'art ou les biens immobiliers.

« Ces données révèlent que les inégalités sont beaucoup plus grandes que ce que les statistiques officielles laissent penser, mais les politiciens comptent encore sur les effets de ruissellement des revenus des riches pour aider les plus pauvres », a affirmé un porte-parole de l'organisation, John Christensen.

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Ils peuvent toujours trouver quelqu'un d'autre qui sera heureux de faire le travail pour moins. À un moment là, il faut arrêter avec la spéculation des salaires, ça devient vraiment indécent.

Est-ce qu'une personne est indispensable au point de mériter de gagner plus de 1 000 000$ par année ? Voyons donc.

La règle du 20X le salaire du plus bas salarié devrait s'appliquer dans une entreprise, publique ou privée, y a rien qui peut justifier des écarts supérieurs. Si tu veux augmenter les revenus de tes dirigeants, tu dois augmenter ceux de la base.

Modifié par Pixel

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Comme disait Running With Spoons on est en plein dilemme du prisonnier et/ou *race to the bottom*

Aucun pays ne veut être le leader parce que si les autres ne suivent pas, le leader perd beaucoup. Les ministres des finances de divers pays devraient se rencontrer afin de s'entendre sur les ajustement fiscaux, afin d'empêcher le boys' Club de caniables dirigeant d'entreprise de détruire notre beau système social démocrate. Ah pis fuck les millionnaires de la puck ah pis fuck les gens qui encouragent ses millionnaires là.

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Allons-y de l'autre sens.

Imaginons que le Canada et le Québec décide de changer le taux marginal d'imposition de tout salaire au dessus de 300 000$ à 5% (au lieu d'environ 40%-50% combiné comme aujourd'hui).

On peut s'attendre à ce que beaucoup de chefs d'entreprises décident de déménager une partie de leurs opérations (et déménager eux-mêmes) au Canada.

On peut même s'attendre à ce que les recettes de l'état augmentent grâce à ça, et qu'en plus ça aide beaucoup l'économie puisque ces riches dépenseront beaucoup en divers services et biens canadiens.

À un certain point, ça semble un peu inévitable à long terme tout ça. Les très riches (pas mal plus que 300k$ par année) ont de moins en moins de sentiment d'appartenance à leur pays d'origine, et de plus en plus de sentiment d'appartenance à leur classe de "stateless billionnaires" qui "habite" en Suisse ou à Singapour puisque ce sont des paradis fiscaux.

Avec la globalisation qui se poursuit, je peux juste imaginer que le nombre de riches (sans être milliardaires) sans état va augmenter.

Modifié par Running With Spoons

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