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Humbert Humbert

Fritz Lang

Déchet(s) recommandé(s)

Je sais que ce sujet a toutes les chances d'être un flop monumental, mais je l'ouvre quand même, pour mon plaisir personnel je l'avoue, mais aussi dans l'espoir qu'il puisse faire découvrir à certains curieux l'oeuvre magistrale de mon réalisateur favori.

J'ai effectué sur un autre forum une rétrospective critique de la période muette de Fritz Lang, et là je suis dedans pour couvrir sa période parlante, qui débute avec M et se termine avec The 1000 Eyes of Dr. Mabuse.

Je ne ferai pas de présentation générale de l'homme et de son art puisque mes petites textes contiendront assez de précisions pour donner, je l'espère, une bonne idée de ce dans quoi s'embarque quiconque veut découvrir Fritz Lang.

À noter que certains de ses films étant discontinués ou introuvables, la filmographie couverte sera sélective et risque de ressembler plus ou moins à ça:

M *

Das Testament des Dr. Mabuse *

Fury *

You Only Live Once *

Man Hunt *

Hangmen Also Die! *

Ministry of Fear *

The Woman in the Window *

Scarlet Street *

Cloak and Dagger *

House by the River *

Clash by Night *

The Blue Gardenia *

The Big Heat

Human Desire

While the City Sleeps

Beyond a Reasonable Doubt

Je ne me donne pas de limites de temps. J'ai déjà terminé certains des films donc je poste tout de suite ici ce que j'ai. En fait, je suis rendu à Man Hunt.

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M

À la fin des années 20, Fritz Lang n'est déjà plus le grand réalisateur qu'il a déjà été. L'échec retentissant de Metropolis et de Frau im Mond, en plus de la relative indifférence avec laquelle le public a reçu Spione, le place dans une position un peu désagréable. Ses accords avec la UFA étant rompus et sa compagnie de production s'étant écroulée, il n'a plus les moyens financiers pour réaliser une autre méga-production. Inspiré de l'affaire du "vampire de Düsseldorf", meurtrier en série arrêté en mai 1930, ainsi que d'une panoplie de cas semblables sévissant en Allemagne à l'époque, Lang rédige avec sa femme le scénario de M, qui deviendra sans doute son plus grand film. Le réalisateur envisageait cette oeuvre comme un "petit film", qu'il tournera d'ailleurs à petit budget en un modeste six semaines.

L'ère du cinéma parlant est bien entamée, et Lang décide de s'y adapter. Mais loin de souffrir de la lourdeur des techniques de sonorisation qui font des premiers "talkies" de petites productions au rendu théâtral, M fait figure de pionnier et démontre une fois de plus toute l'audace et l'intuition dont Fritz Lang fait preuve. Le son est ici utilisé comme élément dramatique. Par exemple, lorsque l'aveugle se bouche les oreilles pour ne pas entendre le sifflement horrible de Beckert, le public ne l'entend pas non plus. Puis lorsque le silence complet et anormal de la rue est rompu par un sifflet autoritaire, le spectateur est automatiquement placé en position d'attente anxieuse, se préparant pour quelque chose de significatif, voire même de grave. Lang utilise également les dialogues comme moyens de faire des raccords entre les scènes, en poursuivant par exemple la phrase d'un passant au sujet de l'affiche de rançon du meurtrier dans une autre scène où il se trouve autour d'une table, et ce sans effectuer de cassure sonore. Cette technique permet également une grande économie narrative et se révélera essentielle à l'art cinématographique tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Le sifflement du meurtrier Beckert est d'ailleurs d'une grande importance, puisqu'il s'investit d'un puissant pouvoir de suggestion et se révèle être un accessoire de premier plan dans le déroulement de l'intrigue. Encore une brillante utilisation du son de la part de Lang. Mais ce qui frappe également dans M, c'est la psychologie des personnages qui est développée avec un grand réalisme. Plutôt que de dépeindre le meurtrier comme un imbécile dégénéré, Lang le présente sous les traits d'un homme malade mais intellectuellement capable. Sa présence plonge la ville dans la paranoïa la plus basse. Chacun est prêt à accuser l'autre. Un vieillard qui parle gentiment à une petite fille devient la cible d'un tribunal improvisé qui le condamne d'emblée. La pègre même se mêle de la course folle pour mettre un terme aux interventions incessantes et dérangeantes des policiers. Tous se réunissent dans le seul dessein d'attraper le tueur et de venger le meurtre des enfants de la seule façon possible: l'éliminer.

Ce qui nous mène à la scène finale, le procès de Beckert devant le tribunal de la pègre, d'ailleurs composé en partie de véritables criminels (24 d'entre eux seront emprisonnés d'ici la fin du tournage...). Peter Lorre, que l'on retrouve ici pour la première fois à l'écran dans un rôle principal, surpasse à peu près tous les acteurs ayant incarnés des meurtriers psychopathes dans l'histoire du cinéma. La puissance de son jeu est inouïe. Ses mimiques expressionnistes projettent les émotions au travers de l'écran pour percer d'un seul jet l'esprit et le coeur du spectateur, ce qui fait de son monologue final un véritable monument. Un type de jeu qu'on ne voit plus de nos jours et sur lequel plusieurs aspirants comédiens devraient se modeler. Il y a dans tous les films de suspense modernes et moins modernes des traces de M. Tout ici est suggéré, mais suggéré avec tant d'adresse que l'absence de violence à l'écran est plus efficace que si tout était montré. L'intrigue est simple mais percutante. Un chef-d'oeuvre incontournable, une leçon de réalisation pour tout aspirant metteur en scène, un film colossal et étonnant.

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Le Testament du Dr. Mabuse

Fritz Lang, 1933

Revisionnement de ce classique immortel. Banni en Allemagne dès sa sortie, ce dernier film de Fritz Lang avant son départ précipité étonne autant par son modernisme que par la virtuosité de sa facture. Suite directe de son film épique muet de 1922 Dr. Mabuse le joueur et indirecte de son légendaire M, cette oeuvre explore encore davantage l'univers sonore nouvellement disponible du septième art tout en restant fidèle à certains artifices visuels typiques du cinéma silencieux et expressionniste. Dr. Mabuse, génie du crime aux pouvoirs télépathiques angoissants, dont le seul but est d'introduire dans le monde le plus de chaos possible sans que cela ne soit profitable pour personne, fut perçu à l'époque comme la matérialisation d'une certaine critique de l'idéologie nazie grandissante, et ce à juste titre. Lang confirmera lui-même avoir voulu, avec son nouveau film, mettre dans la bouche de criminels des slogans utilisés par le régime national socialiste. Mais malgré son sous-texte lourd de contenu, le film peut être regardé simplement comme un bon film policier qui incorpore des éléments fantastiques.

Les mordus du cinéma expressionniste de Lang y trouveront également leur compte, mais le Testament du Dr. Mabuse doit être vu comme un départ du pur cinéma de l'image vers un cinéma qui explore une gamme plus complexe de facettes. Le jeu de certains acteurs n'est cependant pas sans rappeler celui de l'expressionnisme allemand, avec ses attitudes exagérées et ses réactions exacerbées. Certaines scènes incorporent même des éléments du cinéma burlesque (pensons notamment à la poursuite en voiture vers la fin du film)! Mais il faut quand même s'attendre à quelque chose de somme toute assez moderne. Le Dr. Mabuse est ici une incarnation abstraite du mal, beaucoup plus pernicieuse que dans le premier film puisque quasi-innatteignable. La voix derrière la toile, qui commande l'organisation de criminels sans que l'on puisse réellement l'attribuer à personne (Mabuse est alité, muet et fou), vient cimenter cette interprétation et contribuer à l'ambiance bande-dessinée du film.

Le Testament du Dr. Mabuse s'inscrit définitivement dans les oeuvres majeures de Fritz Lang et de l'art cinématographique en général. Si quelques aspects de l'intrigue paraissent aujourd'hui datés, plusieurs scènes demeurent des modèles du genre, des exemples manifestes de ce que l'on peut faire avec pas trop de moyens et beaucoup de créativité. Lang n'aura malheureusement pas la chance de voir le fruit de son travail avant qu'une projection ait lieu aux États-Unis en 1943. Les Nazis jugèrent que le film pouvait susciter des émeutes et inciter à la criminalité et interdirent totalement sa diffusion en Allemagne. Brimé dans sa créativité et sentant le désastre à venir, Lang fuit le pays vers le milieu de 1933. Il n'y reviendra que vingt-cinq ans plus tard.

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Fury

En mai 1934, le producteur David Selznick, de passage en Europe, propose à Fritz Lang un contrat à la MGM. Ils embarquent ensemble quelques semaines plus tard pour les États-Unis, pays que le cinéaste a visité quelques années plus tôt avant de tourner Metropolis. Pendant deux ans, Lang travaille à des scénarios qui n'aboutissent pas, se fait refuser des projets et traîne dans les salons d'artistes en se plaignant de sa situation. Puis, au début de l'année 1936, le jeune producteur Joseph Mankiewicz convainc le studio que Lang est le réalisateur idéal pour mener à terme Fury, un film qu'il a imaginé avec le scénariste Norman Krasna. Lang rédige un scénario avec Bartlett Cormack, puis le tournage débute au printemps. Mais Lang a bien du mal à s'adapter aux méthodes américaines; il se brouille avec son équipe, puis avec son producteur, il tente d'imposer ses méthodes de travail, mais doit se plier à des exigences qui lui paraissent ridicules (les pauses déjeuners doivent être respectées à la minute près...). Comme le dira plus tard Mankiewicz, ce devait être fort difficile pour le sur-homme derrière Die Nibelungen et Metropolis de se plier à de telles pacotilles. Il mène quand même le projet à terme, et le résultat est un film saisissant, bouillant d'actualité et fort audacieux.

Car il faut bien l'avouer, pour une première réalisation en sol américain, Lang n'y va pas de main morte. S'attaquant de front à un problème de société alors en pleine expansion, celui du lynchage et de la justice populaire, il fait en quelque sorte preuve d'un culot presque effronté. À peine débarqué d'Europe, il signe un film engagé au sujet controversé qui fera frémir les exécutifs de la MGM. Mais de fil en aiguille, malgré quelques scènes coupées et quelques idées abandonnées, il arrive à présenter au peuple américain une oeuvre coup-de-poing qui les frappe de plein fouet. L'histoire est assez simple: Katherine Grant et Joe Wilson projettent de se marier, mais doivent d'abord se séparer pendant un an afin d'économiser chacun de leur côté. Un an plus tard, alors qu'il est en route pour rejoindre sa fiancée, Joe est arrêté par l'adjoint du shérif local et emmené au poste pour subir un interrogatoire. On l'accuse d'avoir participé à l'enlèvement d'une jeune fille du village, puis il est retenu prisonnier. De rumeurs en ouïe-dires, la colère du peuple prend des proportions démesurées: il décide que Joe ne sera pas protégé par une justice trop clémente et qu'il doit payer pour son crime. Une foule immense et enragée assaille le poste de police pour lui faire la peau. Incapables d'atteindre sa cellule, les citoyens mettent le feu à la bâtisse en laissant Joe pour mort.

Seulement il a survécu et il est bien résolu à venger cet acte de barbarie. Fury, c'est d'abord le récit de cette vengeance, de la désillusion qui s'empare d'un homme et le transforme en bête sauvage. L'interprétation de Spencer Tracy est mémorable. Autant le Joe d'avant l'incident, amoureux, doux, protecteur, droit, est crédible, autant celui qui s'extirpe des flammes, enragé, cynique, colérique, l'est tout autant, même davantage. Ici, Lang s'attaque à une situation bien précise, en perfectionnant les techniques qui ont fait sa renommée. L'économie narrative de M trouve ici sa continuité et son aboutissement logique. En quelques minutes, par une série de courtes scènes qui s'enchevêtrent parfaitement, Lang expose la montée de la hargne au sein de la ville, résultat de l'illustre "téléphone arabe", du bouche-à-oreille malfaisant. Les phrases sont courtes, l'essentiel seul est dit et montré. Pas de perte de temps, pas de dialogue inutilement bavard. Puis lorsque la foule en délire se rue finalement sur le poste pour lyncher le pauvre Joe, Lang se sert de son expérience sur le tournage des Nibelungen et de Metropolis pour mener une autre de ses illustres peintures de groupe, dirigeant la troupe d'acteurs et de figurants avec l'art et la rigueur qu'on lui connaît. Scène extrêmement angoissante, l'assaut du poste de police est un grand moment de cinéma.

Film aux genres multiples, d'abord une amourette à l'eau de rose, puis une étude de foule, et enfin un drame légal, Fury est avant tout la dénonciation d'un mal qui ronge de plus en plus les entrailles de la nation américaine. Le procès des vingt-deux présumés lyncheurs en témoigne avec beaucoup d'énergie, et l'acharnement dont l'avocat fait preuve pour faire condamner les fautifs n'est que le reflet des convictions du cinéaste, qui a beaucoup lu sur le sujet. Le plaidoyer de l'avocat en témoigne, et lorsqu'il fait intervenir les chiffres et décline le nombre de cas de lynchage par année aux États-Unis, en brandissant un doigt accusateur vers la caméra, c'est un splendide coup de poing au visage! Ingénieusement réalisée, cette oeuvre qui n'a pas pris une ride se déguste comme un bon vin. Évitant d'identifier clairement les bons et les vilains, elle jongle constamment entre les deux pôles et pousse le spectateur à se poser des questions d'ordre moral. On peut reprocher à Fury une finale hollywoodienne, conventionnelle et bâclée, mais ce n'est que le résultat des pressions incessantes de Mankiewicz. Fury n'en demeure pas moins un chef-d'oeuvre, véritable résumé de l'art langien et absolument incontournable.

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You Only Live Once

C'est l'actrice Sylvia Sidney qui convainc Lang de se lancer dans la réalisation de You Only Live Once, une production de Walter Wanger, qui lui promet d'emblée de ne pas lui imposer de happy end. Cette fois, c'est le système judiciaire qui en prend pour son rhume. Eddie Taylor, relâché de prison pour la troisième fois, se promet de vivre une vie honorable avec sa femme Joan. Seulement, personne ne semble accepter de lui faire confiance. En lune de miel dans une petite auberge, il est mis à la porte par le propriétaire. Puis lorsqu'il est en retard au travail, son patron le renvoie sans le laisser s'expliquer. Et pour couronner le tout, un de ses ex-partenaires orchestre un vol de banque en grande pompe et laisse traîner le chapeau d'Eddie sur les lieux du crime. Résultat: il est arrêté, puis condamné à mort. Seulement il est décidé à ne pas mourir, et s'évade finalement pour fuir le pays avec sa femme. Dans les États-Unis de Fritz Lang, pas de pitié pour les ex-prisonniers, pas de réinsertion possible dans cette société qui les recrache comme un corps étranger qui ne peut rien lui apporter. Cela est la thèse de You Only Live Once, seconde partie de la dite "trilogie judiciaire" de Lang, entamée avec Fury.

Eddie Taylor n'est pas un enfant de coeur. S'il est d'abord en prison, c'est pour des crimes qu'il a réellement commis, et non par la faute de quelque erreur judiciaire. Cette prémisse ne le rend donc pas sympathique a priori. C'est son amour pour Joan et le dévouement de cette dernière, qui jette sur lui, en partie grâce aux grands yeux brillants de Sylvia Sidney, un voile de foi et de confiance. Eddie nous semble bien vite être une victime, et ce dès sa tendre enfance. En effet, raconte-t-il à Joan lors d'une promenade au bord de l'eau, sa première incursion dans le monde des pénitenciers est survenue après qu'il ait battu un autre gamin qui venait de tuer une grenouille. Est-ce la société qui force Eddie à demeurer un criminel? Il est permis de le penser. Du moins lorsqu'il s'échappe de prison, retournant à l'état de bête sauvage et fuyant avec sa femme pour vivre dans une voiture et errer sur les routes, traqué par l'univers, sa fuite ne nous paraît pas injustifiée. Il est acquitté de son précédent crime, mais il est trop tard, car en s'échappant de la prison, il a tué. Il est maintenant un assassin, et tout espoir de pardon s'est évaporé. La société a enfin ce qu'elle veut.

Lang dirige plusieurs scènes marquantes, brillamment photographiées, au travers desquelles perce l'influence de l'expressionnisme et du cinéma muet qu'il a si bien maîtrisé. La scène où Eddie arpente sa cellule comme une bête en cage, attendant sa mort prochaine, reste l'une des plus fortes images du film, mise en scène avec beaucoup de soin. Puis, plus tard, celle de l'évasion de prison dans la brume épaisse est d'un esthétisme saisissant. Lang n'a définitivement pas perdu l'oeil (en fait si, mais bon, héhé...). On classe d'ailleurs ce film comme étant l'un des précurseurs du film noir, genre auquel il contribuera grandement. Plusieurs scènes jugées trop violentes par la censure furent d'ailleurs coupées du montage final. Mais You Only Live Once, c'est aussi le père de Bonnie and Clyde, de Badlands et même de Natural Born Killers. Si le fragment qui implique les scènes de cavale ne dure en fait qu'une vingtaine de minutes, il sera tout de même fondateur d'une série d'histoires basées sur un semblable patron. Mais au-delà de la place qu'il occupe dans l'histoire du cinéma, ce film demeure l'un des meilleurs de la période américaine de Lang. Il sera pourtant boudé par le public et échouera injustement au box-office.

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Je regarde la dernière image et j'en reviens pas comment le cinéma de l'époque - et particulièrement celui de Fritz Lang sans doute - était avant tout de l'art. Ce plan-là est spectaculaire, dommage que beaucoup du cinéma d'aujourd'hui ait perdu ça.

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J'ai probablement jamais rien vu de Fritz Lang mais Métropolis et M le Maudit m'ont toujours intéressé, j'ai juste jamais eu l'occasion de mettre la main sur ces films.

Un peu hors-sujet: je croyais que ton réalisateur préféré s'agissait en fait de Bergman.

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Man Hunt

Après plusieurs décennies d'obscurité totale, ce sixième film américain de Fritz Lang est enfin disponible sur le marché. Mettant en vedette, pour la première fois dans un film de Lang, la superbe Joan Bennett, "Man Hunt" est d'abord et avant tout une oeuvre de propagande anti-nazi, destinée majoritairement à réveiller la conscience collective américaine et à leur faire saisir le danger de la menace grandissante.

Rappelons-le, le film est sorti en 1941, au début de la Seconde Guerre, et débute par une tentative d'assassinat sur la personne même de Hitler! Et tout au long du film, Lang met dans la bouche de ses personnages des tirades anti-nazi extrêmement explicites, ridiculisant leur idéologie sans en banaliser le danger et s'attaquant directement au Fürher en le tournant en dérision. Lang a non seulement côtoyé les Nazis, mais il a été marié à l'une d'entre eux, ce qui le rend extrêmement sensible à ce sujet.

Plus de soixante ans après sa sortie, ce film surprend encore par son audace. Lang verse beaucoup dans le cliché et les archétypes (le vilain Allemand porte un gros monocle...), mais étant donné ses visées politiques premières, cela a finalement très peu d'importance. L'homme au monocle est d'ailleurs un personnage assez efficace et crédible. On croit peut-être un peu moins, toutefois, à l'acteur Canadien qui incarne un protagoniste british, et ce sans accent...

Toutes considérations anecdotiques mises de côté, "Man Hunt" s'en tire quand même assez bien, mais il m'est forcé d'admettre que le scénario est un peu mou. Pas assez de scènes de poursuite, trop de scènes ambiguës entre Pidgeon et Bennett, cette dernière ayant droit à une quantité de gros plans avantageux qui trahit le manque d'objectivité de Lang à son égard et augure leur future relation professionnelle... et personnelle. Mais en un sens elle le mérite, puisque c'est une excellente actrice et que sa performance est convaincante.

Au niveau du style et des motifs, c'est langien jusqu'à la moelle. Des rues sombres qui forment autant de pièges, où personne n'est digne de confiance, l'homme seul contre la foule hostile, bref, on nage dans un univers qui n'est pas sans rappeler celui du film noir qu'il développera plus avant quelques années plus tard dans ses classiques américains. Est-ce que "Man Hunt" est un chef-d'oeuvre? Non, certes pas. Mais ça demeure tout de même un film digne d'intérêt, une pièce étonnamment prophétique qui comporte son lot de qualités et un grande morceau du casse-tête de la pensée de Lang, donc un incontournable dans sa filmographie.

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Publie pas ton texte sur The Big Heat avant que je l'ai regardé, s'il te plaît :) (Je le regarde ce soir)

Excellent sujet en passant.

Pour ma part, je suis pas mal un néophyte par rapport à Lang. J'ai bien évidemment vu M et Metropolis, mais sinon, je commence mon exploration.

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J'ai seulement vu M et Metropolis pour le moment. J'ai vraiment aimé les deux.

Je compte regarder les autres un jour. Il y a surtout le Dr Mabuse qui m'intéresse.

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Il y a seulement Metropolis aussi que j'ai vu et son travail sur le film est vraiment malade. Alors c'est sûr qu'il faudrait bien que je me remettre à sa filmographie un jour ou l'autre.

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Pourquoi pas maintenant au lieu de "un jour ou l'autre"?

Mais sérieusement, en tant que grand fan de Lang, je trouve que "Metropolis" est possiblement le plus faible film de sa période muette. À part la facture visuelle vraiment impressionnante, le scénario s'étire pour rien et l'intrigue stagne.

Son importance historique est non-négligeable et je suis certain qu'à l'époque l'impact devait être assez fort mais pour le spectateur moderne c'est pas son plus divertissant. Je recommande davantage "Spione" (ou "Spies" selon l'édition) qui, comme l'indique son titre, est l'archétype de tous les films d'espionnage, avec bien entendu l'épique "Dr. Mabuse the Gambler" pour les courageux (le film totalise 271 minutes).

J'ai aussi adoré "Frau Im Mond" (ou "Woman in the Moon"), bien que certains le trouvent un peu long. C'est tellement fou de voir à quel point Lang est visionnaire. Et petite anecdote: Lang est aussi l'inventeur du compte à rebours au décollage d'une fusée!

S'il y a un intérêt je peux poster mes textes sur ses films muets, ils sont déjà écrits.

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(modifié)

Pourquoi pas maintenant au lieu de "un jour ou l'autre"?

Parce que j'ai trop de films, séries et animes à voir. Donc pour le moment, c'est pas tout de suite sur ma liste.

Modifié par The Eternal

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J'ai seulement vu Metropolis et j'ai effectivement été un peu rebuté. Je ne m'attendais pas à un tel fouillis. Il y a d'exquises mises en scène, mais sinon, je n'ai pas tant apprécié le film comme un tout.

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(modifié)

Je viens de terminer The Big Heat et je n'ai qu'une chose à dire, WOW! La construction des personnages, surtout celui de Gloria Grahame, est simplement trop sublime. J'ai aussi été impressionné par la profondeur du scénario, le réalisme de la violence et de la corruption qui y est illustré, "l'humanité" de l'histoire.

D'un point de vue plus technique, j'ai bien aimé les mouvements de caméras, ils sont beaucoup plus nombreux dans les scènes de dialogue que dans les autres films noirs que j'ai visionnés. Ça donne un rythme particulier au film, surtout dans la première partie.

Un must see pour tout amateur du genre.

Modifié par MattIsGoD

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J'ai seulement vu Metropolis et j'ai effectivement été un peu rebuté. Je ne m'attendais pas à un tel fouillis. Il y a d'exquises mises en scène, mais sinon, je n'ai pas tant apprécié le film comme un tout.

Le problème c'est que le film est incomplet, donc il a dû être reconstruit à partir du scénario et ça donne un résultat pas toujours super. Parfois on a l'impression de regarder une ébauche. Une copie supposément complète du film a été retrouvée il y a quelques mois donc le film devrait ressortir plus ou moins bientôt dans une version très près de la version originale de Lang. J'ai hâte devoir ça!

Je viens de terminer The Big Heat et je n'ai qu'une chose à dire, WOW! La construction des personnages, surtout celui de Gloria Grahame, est simplement trop sublime. J'ai aussi été impressionné par la profondeur du scénario, le réalisme de la violence et de la corruption qui y est illustré, "l'humanité" de l'histoire.

D'un point de vue plus technique, j'ai bien aimé les mouvements de caméras, ils sont beaucoup plus nombreux dans les scènes de dialogue que dans les autres films noirs que j'ai visionnés. Ça donne un rythme particulier au film, surtout dans la première partie.

Un must see pour tout amateur du genre.

Je te l'avais dit que ça rockait.

Si tu veux, Lang a fait un autre film avec le même cast juste après, "Human Desire".

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Pour l'instant, je me télécharge le troisième film de ta liste de films noirs à voir.

Je me concentrerai sur Lang lorsque j'aurai terminé la liste, sinon, je ne vais jamais la terminer :)

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Musicalement, est-ce que quelque chose sort du lot?

Je n'ai vu que Metropolis et j'ai un attachement un peu particulier à ce film. C'est la première musique de film que j'ai étudié, pour laquelle j'ai eu la partition et que j'ai pris le temps de décortiquer. Ca m'a fasciné vraiment parce qu'elle est impeccable alors qu'on accorde généralement si peu de valeur aux compositions de BO (les vieux considèrent encore ça comme un gagne-pain un peu honteux), c'est là que j'ai compris que c'était sous-estimé. Je sais pas à quel point Fritz Lang est lié à cette musique, si il avait des idées précises ou si il était souple, mais ça pourrait m'intéresser d'en voir d'autres.

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Hangmen Also Die!

En 1942, Fritz Lang et le grand dramaturge allemand Bertolt Brecht, importé à Hollywood par le réalisateur, travaillent ensemble à l'écriture d'un film qui montrerait aux Américains la triste situation de l'Europe. Ce thriller à saveur historique voit le jour un an plus tard, en plein coeur de la Seconde Guerre. Inspiré du meurtre du numéro deux d'Adolf Hitler, Reinhard Heydrich dit "le Bourreau de Prague" (dont la mort suscita de véhémentes représailles de la part des Nazis et mena à l'assassinat de plus de 1600 civiles), ce film au poids considérable ré-écrit l'Histoire et fait de ce meurtre l'oeuvre d'un seul homme, membre de la résistance tchèque.

Fritz Lang se lance ici dans une entreprise de haut calibre, à une époque où le public n'était sans doute pas prêt à se faire mettre au visage toutes les horreurs de la guerre. Visiblement conscient de cet état des choses, il opte pour des scènes de violence plutôt suggérée qu'explicite: une ombre menaçante, une coupure de journal, une détonation hors-champ. Seul le mouchard de la Gestapo a droit à une exécution un peu plus graphique et d'une beauté esthétique exemplaire dans le plus pur style de Fritz Lang. Le film dans sa totalité est d'ailleurs éminemment langien; plusieurs plans sont de petits bijoux de composition, et l'omniprésence des ombres et autres jeux de reflets et de lumière trahit les influences expressionnistes du cinéaste.

Bien qu'il soit classé par plusieurs sous la bannière du film noir, Hangmen Also Die! se veut davantage un drame historique à la sauce espionnage. Certains éléments du noir à l'américaine se mélangent à la sauce, mais l'ambiance générale de l'oeuvre s'éloigne des archétypes du genre. Une dichotomie palpable entre le style de Lang et celui de Brecht traverse le film. Il n'est donc pas surprenant de retrouver, éparses dans le rythme déboulant du thriller langien, quelques tirades patriotiques un peu ampoulées. Mais tout comme dans Man Hunt, Lang continue de frapper fort sur la menace nazie, exposant leurs méthodes barbares tout en les dépeignant comme des mégalomanes stupidement narcissiques et empêtrés dans les débordements de leur ego. Définitivement un film à voir malgré ses menus défauts.

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Ministry of Fear

Fritz Lang est dans une période forte quand il réalise "Ministry of Fear", un projet auquel il rêvait depuis quelques temps et dont le contrôle lui a finalement échappé quand Paramout a acheté les droits du roman d'origine avant lui pour lui offrir de l'adapter au grand écran... en lui imposant le scénario d'un autre.

Lang entame donc le projet avec un goût amer dans la bouche et finira par rabaisser le film à de nombreuses reprises en entrevue. Pourtant, le résultat est un petit film compétent, avec quelques trouvailles de réalisation qui valent le détour. Le réalisateur flirte encore avec la thématique de la menace nazie, alors que le protagoniste démasque par hasard un réseau d'espions allemands en Angleterre. Rien de bien marquant, mais tout de même un petit côté hitchcockesque (un personnage seul qui enchaîne les péripéties plus ou moins rocambolesques) toujours bienvenu.

Il est cependant facile de voir que les décisions finales de montage ont échappé à la main de Lang. Le tout semble parfois fragmenté, comme si certaines scènes manquaient à l'appel. Et la finale incroyablement précipitée est d'un vomitif hollywoodien consommé. Ce qui n'empêche pas le film de valoir le détour, pour les scènes où la griffe de Lang est bien visible et toujours aussi inspirée.

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The Woman in the Window

L'un des plus importants films américains de Lang, ce "noir" mettant en vedette Edward G. Robinson et la ravissante Joan Bennett capture parfaitement l'essence d'un genre qui couvrira la majeure partie de la seconde moitié de la période américaine du réalisateur. Un homme d'âge mûr, marié et menant une vie rangée et satisfaisante, succombe à la tentation et accepte de suivre une jeune femme dans son appartement. Or, cela s'avère être une bien mauvaise idée lorsque l'amant tempétueux de celle-ci fait irruption et tente de l'étrangler. N'ayant d'autre choix, il le poignarde et le tue, devenant ainsi la cible d'un maître-chanteur véreux duquel il n'arrive plus à se départir...

De la part d'une légende comme Fritz Lang, nul n'est surpris de se trouver face à une réalisation de grande qualité. Le film est magnifiquement bien tourné et contient même quelques travelings fort esthétiques que l'oeil attentif ne manquera pas d'apprécier. Mais ce qui fait la qualité de l'oeuvre, c'est surtout le grand talent du trio de protagonistes, qui livrent des performances tout simplement parfaites. Dan Duryea incarne impeccablement le malfrat arrogant et sans vergogne, alors que Joan Bennett, dans toute son éclatante féminité, arrive à insuffler à son personnage les subtilités nécessaires pour que le spectateur se soucie de son sort.

On peut voir "The Woman in the Window" comme le "grand frère" du film suivant de Lang, "Scarlet Street". On y retrouve la même distribution, le même style, la même ambiance générale. La différence, c'est que là où "The Woman in the Window" échoue, "Scarlet Street" triomphe. Le premier film écope malheureusement d'une finale un brin douteuse. Certains aimeront, d'autres détesteront, mais elle ne laisse personne indifférent. Il semble toutefois que Lang ait eu le désir de rattraper cet impair dans son film suivant qui est un monument de l'anti-happy ending. On peut quand même apprécier les qualités de ce premier film, qui est tout de même excellent malgré la fin qui peut laisser un goût amer.

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