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Athos

Éloge du lecteur

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Éloge du lecteur

Le Devoir - 17 novembre 2010

Dany Laferrière

Quand on parle de livres dans les journaux (en dehors de la section réservée à la critique littéraire) c'est souvent pour rappeler que les bibliothèques sont vides, que les jeunes gens lisent de moins en moins, et que les livres de cuisine, de vedettes du showbiz, de sport ou de psychologie populaire ont définitivement pris le pas sur la littérature de qualité. On parle, presque avec délectation, de ceux qui ne lisent pas. Pour finalement stigmatiser le pouvoir dont le budget pour la lecture semble souffrir d'anorexie. Et on conclut qu'un tel comportement ne peut avoir qu'un impact négatif sur notre vie en société. Tout cela est, bien sûr, indiscutable.

Mais si on évoque, pour une fois, ce lecteur téméraire qui accepte de plonger dans un univers inédit qui risque de changer sa vision du monde. Nous devons d'abord reconnaître que les lecteurs sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit et que leur présence, malgré cette étonnante discrétion, définit notre urbanité. On imagine mal une ville sans ce personnage, en apparence muet mais si gorgé de musique, de rythme et d'idées. Ce lecteur semble vouloir s'infiltrer dans toutes les anfractuosités de la ville.

C'est souvent le dernier geste du lecteur avant de sortir: glisser un livre dans sa sacoche. Il lit dans le métro, où j'ai vu ce matin une jeune fille complètement hypnotisée par La Sonate à Kreutzer de Tolstoï. Il lit aussi dans l'autobus, sur un banc de parc, au bureau, dans les cafés, en marchant. Certains fous lisent même en conduisant. D'autres, plus tempérés, se contentent de lire dans leur baignoire. Après l'amour, il arrive que le livre remplace la cigarette. Il est si plongé dans sa lecture qu'on n'ose le déranger. Le corps ici, mais l'esprit ailleurs: il mène une double vie. Ce va-et-vient entre le monde réel et le monde rêvé en fait un être si complexe qu'il devient rétif aux ordres. D'où la vieille méfiance des pouvoirs pour le livre. Pas le livre préfabriqué, mais celui qui est tissé de veilles et d'angoisses et qu'on lit avec fièvre.

Mais l'objet livre ne se laisse pas faire. On découvre son poids au moment de déménager. Et on regrette alors son appétit vorace, pour un bref temps, car ce sont les livres qu'on déballe en premier dans un nouvel appartement. Et, assis sur des caisses, on profite pour relire quelques pages lumineuses d'un essai qu'on porte dans son coeur, ou pour simplement découvrir un roman qui s'était fait trop discret dans la bibliothèque. Comme premier geste, à l'aube, on tend la main vers un livre sur la table de chevet. On le remet, le soir, à la même place, juste avant d'éteindre la petite lampe. Ainsi donc, la vie sociale du lecteur se passe entre deux lectures.

Il a fallu vingt-six minuscules lettres de l'alphabet pour soulager la mémoire humaine qui, sans cela, aurait succombé sous le poids de nos souvenirs, de nos rêves et de nos idées. On reste effaré devant l'ampleur des savoirs, comme des fantaisies, que les humains ont pu glisser dans ce mince objet rectangulaire. Les lecteurs semblent avoir créé cette étrange vie si intime et publique à la fois. Leur sensibilité frémissante fait barrage à ces tentatives de décervelage des pouvoirs. Leur immobilité apparente calme le reste de la population qui semble prise d'une constante frénésie.

L'écriture, comme la lecture, touche énormément de gens. On n'a qu'à imaginer une ville sans écrivains et sans lecteurs pour sentir passer un vent froid. Le lecteur semble toujours à la recherche des membres de sa tribu disséminés dans la ville. Il suffit qu'un autre prononce le nom de son écrivain favori pour qu'il sente une affinité immédiate avec lui. Ils seront nombreux au Salon du livre, où j'attends de surprendre le visage subitement éclairé de l'un d'entre eux. Comme si la lumière pouvait jaillir d'un livre ouvert.

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J'ai souri en lisant le passage où il parle des boîtes que l'on défait en premier.

C'est totalement vrai dans mon monde. Je ressens un plaisir fou à ressortir les livres et à les placer dans une nouvelle bibliothèque. J'y mets un temps fou.

Après, je soupire en me disant qu'il me reste une shitload de stock ennuyant à placer.

Heh.

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J'ai souri en lisant le passage où il parle des boîtes que l'on défait en premier.

C'est totalement vrai dans mon monde. Je ressens un plaisir fou à ressortir les livres et à les placer dans une nouvelle bibliothèque. J'y mets un temps fou.

Après, je soupire en me disant qu'il me reste une shitload de stock ennuyant à placer.

Heh.

Bizarrement, j'ai eu des boîtes de livres qui ont dormi plusieurs mois dans mon garde-robe après mon emménagement dans mon appartement. Faut dire que j'ai été longtemps sans véritable bibliothèque.

Biblio qui n'est toujours pas entièrement classée d'ailleurs, mais j'aime ces piles de livres désordonnées.

Un autre texte.

Le premier livre

Le Devoir - 17 novembre 2010

Gil Courtemanche

Cette chronique fut publiée à l'origine dans Le Devoir du samedi 17 novembre 2007. Alors que s'ouvre aujourd'hui le Salon du livre de Montréal, nous vous l'offrons à nouveau dans ce Devoir des écrivains.

En refermant ce journal, vous serez nombreux à vous diriger vers le Salon du livre. J'en suis heureux. Certains s'y rendront avec une liste déjà prête pour y acheter leurs cadeaux de Noël, d'autres pour croiser et rencontrer des auteurs (ils en ont besoin), d'autres pour bouquiner au hasard. Certains achèteront un livre de cuisine, mais un livre de cuisine, ça demeure un livre, tout comme une bédé ou un roman populaire. Un objet de mots et de phrases, un début d'aventure. Voilà ce que devient le livre pour celui ou celle qui s'y abandonne, une façon d'aller en dehors de soi pour plus tard mieux se définir.

Prenons une recette dans un livre de cuisine marocaine, un tajine de poulet au citron confit. Nous sommes loin du spaghetti à la bolognaise (spaghetti meat balls). Cela prend un certain courage que de se lancer dans cette aventure étrangère, d'autant plus que les ingrédients décrits seront parfois mystérieux et inconnus. On y trouvera du cumin et du curcuma, par exemple. Pour peu qu'on soit curieux, ces deux mots ouvriront des mondes inconnus, comme le commerce des épices ou des civilisations méconnues. D'un point de vue historique, la route des épices se confond souvent avec celle de la soie, qui, elle, passe par l'Afghanistan.

Tiens, l'Afghanistan, sujet de toutes les controverses aujourd'hui. En chemin, à partir du texte de la recette, on découvrira peut-être la république de Gênes ou de Venise, les grands chemins des caravanes. Curieux, on fera «Maroc» sur Internet et on découvrira Fez et Marrakech. Plus curieux encore, on lira qu'Elias Canetti a écrit un merveilleux petit livre sur cette ville. Et pour le citron confit, qui ne se vend pas dans tous les supermarchés, on sera bien obligé d'aller au marché Jean-Talon ou dans une épicerie arabe. Dans cette épicerie, on découvrira les olives marocaines, pugnaces et goûteuses, de l'huile d'olive de la Tunisie et de l'eau de rose, on mangera un kebab au léger goût de coriandre, on sera tenté par de véritables arachides avec leur peau rouge, qui n'ont aucun rapport avec les peanuts Planters.

À travers ce texte de recette, pour peu qu'on soit curieux, on pourra explorer un grand pan de l'histoire de l'humanité, qui nous semblera tout à coup plus familière tout simplement parce qu'on la mange. Le livre est ainsi. Il nous mène là où nous n'avons jamais osé rêver aller. Et quand nous acceptons de nous y rendre en compagnie du livre, il nous guide et nous éclaire, nous ouvre les portes. Oui, souvent, il nous trompe. Le livre n'est pas parfait. C'est probablement pour cette raison que les trois grandes religions les plus meurtrières du monde sont appelées «les religions du livre». Le livre est aussi une arme de destruction massive. Mais cela, à force de lire, on l'apprend. Le livre permet de comprendre le mensonge.

Mon premier livre ne fut pas un livre de recettes. Ce fut l'encyclopédie Grolier, que mon père a déjà vendue de porte en porte. Imaginez aujourd'hui un homme honnête et sain d'esprit qui, comme une vendeuse Avon, proposerait à la ménagère la connaissance universelle.

***

Je me souviens qu'au début, je feuilletais les lourds volumes, reliés en faux cuir et ornés de fausses dorures, pour les illustrations, un peu comme un ado lit une bédé aujourd'hui. Nous étions avant Playboy, et des tableaux célèbres exhibaient des naissances de sein qui me rendaient tout chose. Surtout, les volumes contenaient des illustrations des pyramides, du Louvre, du Colisée, des animaux bizarres comme des dromadaires et des kangourous. Curieux de comprendre l'existence de la bosse si inconfortable pour le chamelier ou de la poche qui contenait le petit, je lisais le texte. J'apprenais de petits morceaux de l'Égypte, de la France ou de la Rome antique, du désert et de l'Australie, grand pays fondé par des criminels.

Puis, sachant que le livre était un lieu de voyage et d'apprentissage, je me suis mis aux lectures sérieuses, celles de la fiction. Ce fut le prince Éric, puis Bob Morane, romans d'aventures simplistes mais qui m'ouvraient d'autres horizons que ceux de Ville Saint-Michel et d'autres paysages que ceux du mont Royal. Sans jamais avoir quitté mon pays, je me sentais à l'aise à l'étranger, l'étranger étant pour le moment la France, ce qui me mena aux mots «escargot» et «cassoulet», qui me conduisirent plus tard vers des livres de cuisine qui m'apprirent la Bourgogne et le sud-ouest de la France sans que je les aie visités.

Un peu plus sûr de moi et convaincu de pouvoir comprendre le monde (j'étais au collège), je lisais Rabelais, Corneille, Racine et Molière. Ce n'était pas du courage mais de l'obligation. Parce que mes professeurs étaient convaincus qu'ils enseignaient le monde à travers la littérature, ils me convainquaient que les alexandrins n'étaient que des formes anciennes, mais que le discours demeurait actuel. Ils avaient raison. Je ne sais pas qui m'a dit Malraux. J'avais 16 ans. Le Cambodge et la Chine, le Parti communiste, puis la guerre civile en Espagne. Puis vinrent Camus et Sartre comme des enchaînements automatiques, des livres que je comprenais peu mais qui «m'interpellaient», comme disent les gens qui n'ont rien à dire devant cette angoissante interrogation: «Que faisons-nous ici?»

Tranquillement, sans y aller, j'appris à 20 ans Haïti avec Les Comédiens de Graham Greene, et je sais aujourd'hui, parce que j'ai fréquenté ce pays depuis, que ce livre, écrit il y a 50 ans, demeure la meilleure description de ce pays maudit. Puis, j'ai su que je pouvais aller partout sans être un misérable étranger touriste. En Israël avec Amos Oz, en Afghanistan avec Joseph Kessel, en Afrique avec Conrad et Hemingway et à Kamouraska avec Anne Hébert. Le livre, c'est la liberté. Je ne serais pas là dans cette page de journal sans le livre de recettes, le dictionnaire ou le roman que vous allez acheter, j'espère, aujourd'hui.

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L'édition du Devoir de mercredi était délicieuse.

D'abord ce mélange savoureux de Tintin et Haddock en un seul personnage de Rabagliati :

paul_journaliste.jpg

Et ce texte violent de Wajdi Mouawad qui risque de ne pas populariser le métier de libraire :

Les estis d'intellectuels

Wajdi Mouawad

Parmi les différentes attitudes qui s'offrent à nous une fois que nous avons réussi à franchir les portes d'une librairie, la plus courante consiste à rester ébahis devant la quantité astronomique de livres que nous n'avons pas encore lus. Une vie ne suffirait pas à la tâche — et encore moins la nôtre, que nous trouvons, pour la plupart, et peu importe l'âge, déjà très avancée. On se dit: «Tout ce que je n'ai pas encore lu.»

Il existe aussi une autre attitude, tout aussi courante, c'est celle du collectionneur. Celui-là sévit secrètement, sans que l'on puisse le repérer, dans tous les supermarchés de livres (Renaud-Bray, Provigo, Carrefour, Ikéa et Archambault). Il a chez lui, ce collectionneur, bien rangés par ordre alphabétique, tous les auteurs qu'il faut avoir: Apollinaire et tous les A, Baudelaire et tous les B, Camus et tous les C, Duras et tous les D, Echenoz et tous les E...

Celui-là, le collectionneur, en est (si l'on veut une lecture psychanalytique du phénomène) encore au stade anal. Il garde sa crotte. Elle est à lui. C'est sa crotte! Il la collectionne, il l'astique, l'époussette, et la range sur les étagères de sa bibliothèque. Lire importe peu du moment que toutes les cases sont remplies, du moment qu'il a chez lui, alignés, dans son foyer, les auteurs que Pivot lui a dit qu'il fallait avoir parce que ce sont les 1001 auteurs qu'il faut avoir chez soi. C'est un super obéissant. C'est d'ailleurs lui qui a inventé cette expression qui se retrouve dans tous les sites de ventes de livres: «Ceux qui ont acheté ce livre ont aussi acheté... » — comme si on leur avait demandé quelque chose à ces connards, comme si, parce que les autres ont aussi acheté ces autres livres, c'était un argument suffisant pour les acheter à notre tour.

Il existe une autre façon de rentrer dans une librairie, qui comporte, cependant, quelques risques de dérapages et exige un minimum de préparation: il faut d'abord repérer un libraire. Un libraire oeuvre dans une librairie. Il ne travaille pas dans un magasin. Mais ce n'est pas là son trait le plus caractéristique. Non. C'est un zigoto. C'est-à-dire que c'est un individu de mauvaise foi qui peut, à la limite, refuser de vous vendre un livre parce qu'il a le sentiment que vous vous le procurez pour les mauvaises raisons et qui sera capable de vous faire sortir de sa librairie avec l'oeuvre complète de Blaise Cendras entre les mains quand vous étiez venu acheter innocemment, et pour la vingtième fois, Le Très-Bas de Christian Bobin pour l'offrir encore à un de vos amis. Donc, après avoir repéré le libraire, vous devez à présent vous trouver un couteau, un poignard ou, encore mieux, un revolver.

Quand ces deux paramètres sont remplis, vous entrez dans la librairie et, ni un ni deux, vous vous avancez vers le libraire, vous le pognez par le collet, vous le plaquez contre un mur, vous lui flanquez votre gun sur la tempe, vous crinquez le chien et vous lui dites, en lui faisant comprendre que ce n'est pas une blague et qu'en aucun cas vous n'hésiterez à tirer: «Il est où, le criss de livre, le seul, l'unique, qui va agir sur moi comme l'eau bouillante agit sur l'esti de poche de thé pour en révéler toutes les saveurs? Il est où le livre qui va m'ébouillanter et libérer de moi les parfums que je ne parviens pas à libérer par moi-même? Il est où? Réponds ou bedon je grille ta cervelle de libraire! Puis parle-moi pas du livre que tout le monde a lu ni du livre que tout le monde dit qu'il faut avoir lu, parle-moi surtout pas du livre qui a gagné l'esti de combat du livre à la radio parce que là c'est le chargeur au complet que je vas te vider, parle-moi pas des palmarès, parle-moi pas de ton salon du livre, parle-moi pas des prix, parle-moi pas des chroniqueurs, parle-moi pas de personne, parle-moi de toi, puis parle-moi à moi!» Bon. À partir de là, et dépendamment de la réaction et de la réponse du libraire, il vous appartiendra d'appliquer votre libre arbitre.

Échapper à la dictature du bruit. La dictature du «tout avoir lu» creuse nos tombes, achat après achat. Lire ne signifie pas: lire tout. Il est possible de ne lire, toute sa vie durant, qu'un seul livre. Mais alors on le lit!

Sophocle n'a jamais lu Shakespeare.

Montaigne n'a pas ouvert une seule fois La Métamorphose de Kafka.

Proust ne connaît pas Cormac McCarthy.

Ce n'est pas une simple question de chronologie. La seule façon d'échapper à l'obéissance c'est la désobéissance et, parfois, mourir avant l'écriture du prochain best-seller reste le meilleur moyen pour ne pas avoir à le subir.

Échapper à la culture! La culture est accumulation de livres, or la littérature est un livre. Un seul. Toujours. Jamais deux. Même quand on en lit deux, il faut bien poser l'un pour ouvrir l'autre. La culture est le poison de tout geste d'expression. Écrire pour appartenir à sa culture c'est obéir à ce qu'il y a de plus détestable dans cette culture. La culture est le mot qui permet de ne pas dire le mot «art». La culture n'est pas la fierté d'aucun peuple. La fierté d'un peuple c'est son courage à ne jamais obéir à ce qui, chez lui, et malgré lui, veut s'instaurer comme culture: langage au lieu de langue, tradition au lieu d'altérité, passé au lieu de mythe.

L'histoire du boa

Mais c'est ici une chronique de théâtre. Je referme la parenthèse. Théâtre donc. En 8000 signes. Et bien! Comme d'hab: subordonnés aux abonnements, assujettis aux demandes de subventions qui sont la forme contemporaine de la torture découverte par les États démocratiques envers leurs dissidents qui n'ont de dissident que le désir: «Quel est ton projet? Avec qui? Pourquoi? Pour qui? Quelle conception as-tu du théâtre? Quelle sera ta mise en scène, connard? Devant quel public, enfoiré, quel est ton budget, gros cave? Envoye! Shoot! Réponds sacrament puis vite à part de d'ça parce que j'en ai 400 comme toi qui veulent se faire torturer, pis t'as intérêt à bien répondre sinon ta subvention tu vas l'avoir dans le cul!»

Les «artistes», transformés en préposés à l'industrie culturelle, font rayonner ladite culture aux quatre coins du monde... le coin étant précisément l'unique place où il leur est permis de rayonner. Cadenassé par les ententes syndicales signées entre chaque corps de métiers, le théâtre au Québec est passé, en 20 ans, de l'art de créer avec peu à celui d'administrer avec encore moins. C'est l'histoire du boa qui s'est pris pour sa propre branche et, troquant sa flexibilité contre la rigidité, n'a plus été en mesure de dessiner les courbes infinies que sa morphologie particulière lui permettait de dessiner auparavant.

Que faire?

Cesser de faire de l'économie, se remettre à faire de la politique. Faire des spectacles qui énervent! En d'autres termes? Donner les théâtres aux récalcitrants, aux criss d'intellectuels. Au Québec, ils sont légion : Olivier Choinière, Christian Lapointe, Denis Marleau, Évelyne de la Chenelière, Marie Brassard, Gabriel Arcand... Ils ne vous le diront pas, ils diront même: «Moi? JAMAIS!!» Mais ce sont des estis d'intellectuels! Ils se promènent avec un couteau dans la poche ou un gone! Ils ont tous un libraire traumatisé à leur actif! Ils ne collectionnent pas! Ce sont des macaques et ils sont l'avenir du théâtre. Pour 100 ans. C'est eux. Ils sont sublimes!

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Biblio qui n'est toujours pas entièrement classée d'ailleurs, mais j'aime ces piles de livres désordonnées.

:)

Ça m’a fait penser à ce texte :

DE L’ORDRE

Une bibliothèque que l’on ne range pas se dérange : c’est l’exemple que l’on m’a donné pour tenter de me faire comprendre ce qu’était l’entropie et je l’ai plusieurs fois vérifié expérimentalement.

Le désordre d’une bibliothèque n’est pas en soi une chose grave ; il est de l’ordre du « dans quel tiroir ai-je mis mes chaussettes ? » : on croit toujours que l’on saura d’instinct où l’on a mis tel ou tel livre ; et même si on ne le sait pas, il ne sera jamais difficile de parcourir rapidement tous les rayons.

À cette apologie du désordre sympathique, s’oppose la tentation mesquine de la bureaucratie individuelle : une chose pour chaque place et chaque place à sa chose et vice versa ; entre ces deux tentations, l’une qui privilégie le laisser-aller, la bonhommie anarchisante, l’autre qui exalte les vertus de la tabula rasa, la froideur efficace du grand rangement, on finit toujours par essayer de mettre de l’ordre dans ses livres : c’est une opération éprouvante, déprimante, mais qui est susceptible de procurer des surprises agréables, comme de retrouver un livre que l’on avait oublié à force de n eplus le voir, et que, remettant au lendemain ce qu’on ne fera pas le jour même, on redévore enfin à plat ventre sur son lit.

— Georges Perec, extrait de « Notes brèves sur l’art et la manière de ranger ses livres », dans Penser / Classer

Et ce texte violent de Wajdi Mouawad qui risque de ne pas populariser le métier de libraire :

[…]

«La culture est le mot qui permet de ne pas dire le mot “art”.»

Oui!!

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(modifié)

L'édition du Devoir de mercredi était délicieuse.

Oui, c'était une belle idée que d'inviter des écrivains dans les pages du quotidien. Je ne l'ai pas encore tout lu, mais j'étais justement rendu au texte de Mouawad, que je viens de lire. Super texte.

Je m'extirpe douloureusement du stade anal. Mais c'est déjà mieux : je lis plusse, j'achète moins.

Modifié par Athos

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Fastidieuse lecture en apparence inutile et non-intéressante; Je n'ai guère lu.

J'allais t'envoyer chier dans ma réponse, mais je suis relativement de bonne humeur.

Lis-le, c'est bien écrit et pas lourd du tout. C'est agréable pour le cerveau.

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Bah, en se fiant au point qu'il a donné à Athos, c'est assez évident que Pesmerga ait lu l'article et ait usé, une fois de plus, de son humour si raffiné pour son amusement personnel.

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J'ai effectivement tout lu. Mais je ne savais pas trop quoi répondre à part: "Cool!"

Et j'avoue que pendant un instant je ne savais pas trop s'il sagissait d'un copier/coller ou d'un texte qu'il avait lui même écrit.

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J'ai effectivement tout lu. Mais je ne savais pas trop quoi répondre à part: "Cool!"

Et j'avoue que pendant un instant je ne savais pas trop s'il sagissait d'un copier/coller ou d'un texte qu'il avait lui même écrit.

C'est de Dany Laferrière, c'est inscrit en haut.

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Dany Laferrière: un nom de plume comme les autres.

Esclavage et poules étant dits, voici ci-bas une entrevue de Chantal Guy du Devoir avec Charles Dantzig, écrivain et éditeur chez Grasset, concernant tout et rien. Oh, et sa plus récente publication, pourquoi lire?, évidemment. Ses propos sur certains pans de la littérature jeunesse ne seront jamais assez divulgués, pensé-je tout haut.

Lire ne nous console pas, ne nous rend pas meilleur, ne nous libère pas. En fait, la littérature ne sert à rien, estime l'écrivain et éditeur Charles Dantzig. Pourquoi lire, alors ? C'est la question qui orne son dernier essai, rempli de lumineuses et provocantes réponses. Car en affirmant que la littérature ne sert à rien, «c'est une manière paradoxale de dire qu'elle sert à tout «, résumet-il. Entrevue avec un littéraire radical.

Il est l'éditeur français de Dany Laferrière et, tout récemment, de Victor-Lévy Beaulieu, tous deux publiés chez Grasset. Il nous a ravis avec son Dictionnaire égoïste de la littérature française et son Encyclopédie capricieuse du tout et du rien. Nous l'avons rencontré en septembre, alors qu'il était de passage avec un petit groupe de journalistes français venus voir VLB dans sa tanière pour la sortie de Bibi dans L'Hexagone - et qui est toujours en lice pour le prix Décembre. «J'aime son ambition, son excès aussi. Moi qui n'aime pas beaucoup les livres raisonnables, je suis servi.»

Charles Dantzig se présente vêtu d'un t-shirt imitant les logos de la NBA, sauf qu'on y lit «Oscar Wilde All-Stars». L'éditeur ne se gêne pas pour afficher ses couleurs: ce sont celles de la littérature. De la grande littérature, comme sont grands les joueurs de basketball. C'est un parti pris qu'il défend depuis longtemps, et il ne déroge pas à cette conviction dans son dernier essai, Pourquoi lire?. «Je suis pour qu'on lise des choses littéraires, difficiles et compliquées», lance-t-il en riant, mais il est sérieux.

Tout le monde peut vouloir écrire et publier, mais c'est le rôle de l'éditeur de défendre la qualité, croit-il. Sauf qu'il y a toujours ce 15e éditeur qui accepte ce que les 14 autres ont refusé. Il donne l'exemple de Stephenie Meyer, auteure de la populaire série Twilight. «Ce sont pour moi des livres illisibles, dit-il. Prodigieusement mauvais. Des livres de vampires qui sont écrits avec du navet, pas avec du sang. Son manuscrit a été refusé par beaucoup d'éditeurs, mais il y en a un qui a eu un flair de mauvais goût, il a touché le pactole et corrompu le goût de millions de gens.»

Charles Dantzig s'insurge contre l'idée même de la littérature jeunesse, ayant été insulté dans la sienne quand on lui en a proposé. «Quelle est cette idée que la jeunesse est une classe vaguement inférieure, plus ou moins critique, pour laquelle il faudrait écrire un certain type de livre? Pour moi, c'est de l'apartheid. La jeunesse, ça n'existe pas, c'est un état d'esprit.»

Comment expliquer alors que les adultes lisent en masse les grands succès de la littérature jeunesse? «Je pense qu'il y a un phénomène «d'adolescentisation» des adultes. Cela vient peut-être du fait qu'on entre dans la vie adulte de plus en plus tard, donc intellectuellement aussi. On se met à lire à 30 ans des livres qu'on lisait plutôt à 14 ans. C'est la même chose au cinéma. Où sont les films pour adultes? On se bat pour en trouver, tout est Avatar et subtilités pareilles. Des gens qui n'hésitent pas à faire des efforts physiques pouvant leur coûter des crises cardiaques répugnent à faire des efforts du côté artistique. C'est une forme de mépris.»

Défense du grand lecteur

Charles Dantzig réagit vivement à l'éternel débat, dans le monde culturel, entourant la notion d'élitisme, le plus souvent perçue négativement. «Qu'est-ce que c'est que cette histoire? s'exclame-t-il. Pourquoi est-ce un mot monstrueux? Il faut être élitiste. Moi, je suis élitiste pour tout le monde. C'est un mot inventé par le mercantilisme pour cesser de perdre de l'argent à produire des choses rares, belles et compliquées. L'élitisme, c'est bien, tout le monde devrait viser à être une élite pour soi. Ça m'indigne vraiment!»

Selon lui, la littérature survit grâce à cette personne rare et étrange: le grand lecteur. Celui qui dévore la littérature, animé d'une grande exigence. «Le lecteur, même s'il a 98 ans, qu'il est borgne et sans dents, est un prince charmant. Parce que c'est lui qui réveille le livre. Un livre seul, c'est un caillou. La littérature n'existe que par la rencontre entre le recueillement du lecteur et la pensée de l'auteur qui était enfermée dans le livre.»

La lecture, pratiquée à haute intensité, demeure tout de même une activité bizarre dans notre monde, qui suscite même l'hostilité, pense Charles Dantzig. «Toute société est pratique et utilitariste, quelle que soit l'époque et le milieu. La lecture, le geste même de la lecture, est un acte qui nous extrait de tout ce qui nous entoure, une espèce de révérence devant les choses de l'existence. Quand je dis que la lecture ne sert à rien, c'est une manière paradoxale de dire qu'elle sert à tout.»

«J'ai tendance à penser que les grands lecteurs ont un problème avec la vie, ajoute-t-il. Un grand lecteur, c'est un monstre. Nous ne sommes pas des gens normaux, et je ne dis pas cela par vantardise. Qu'est-ce qui fait qu'on passe notre vie à lire et à considérer que c'est important, alors que d'autres s'en foutent et réussissent très bien dans la vie? Pendant ce temps là, il y a des gens qui font des choses sérieuses, qui deviennent premier ministre, capitaines d'industrie, qui envahissent l'Irak. Nous, les lecteurs, on n'est pas sérieux. Le miracle, c'est qu'on soit toujours en vie!»

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