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Se libérer du connu.epub


Gynocratie
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En cette perpétuelle bataille que l'on appelle vivre, on cherche à établir un code de comportement adapté à lasociété, communiste ou prétendument libre, dans laquelle on a été élevé. Nous avons recours à autrui pour distinguer la bonne et la mauvaise façon d'agir, la bonne et la mauvaise façon de penser. En nous y conformant, notre action et notre pensée deviennent mécaniques, nos réactions deviennent automatiques. La cause fondamentaledu désordre en nous-mêmes est cette recherche d'une réalité promise par autrui.

Si j'étais assez sot pour vous donner un système et si vous étiez assez sots pour l'adopter, vous ne feriez que copier, imiter, vous conformer, accepter, et en fin de compte ériger en vous-mêmes une autorité, laquelle provoquerait un conflit entre elle et vous. Vous éprouveriez la nécessité de faire ce que l'on vous a dit, tout en vous sentant incapables de le faire. Vos inclinations, vos tendances, vos besoins seraient en conflit avec le système que vous croiriez devoir suivre et vous seriez dans un état de contradiction. Vous mèneriez ainsi

une double vie entre l'idéologie du système et la réalité de votre existence quotidienne. En essayant de vous conformer à l'idéologie, vous vous oblitéreriez vous-mêmes tandis que ce qu'il y a de vrai n'est pas l'idéologie : la vérité est ce que vous êtes.

Si vous pensez qu'il est important de vous connaître parce que quelqu'un vous l'a dit (moi ou un autre), je crains que cela ne mette fin à toute communication entre nous. Mais si nous sommes d'accord sur le fait qu'il est vital que nous nous comprenions nous-mêmes complètement, nous aurons des rapports réciproques tout autres et nous mènerons notre enquête à notre propre sujet, diligemment et d'une façon intelligente.

Je ne vous demande pas de croire en moi. Je ne m'érige pas en autorité. Je n'ai rien à vous enseigner : pas de nouvelle philosophie, pas de système ou de sentier menant au réel. Il n'y a pas plus de sentier vers la réalité qu'il n'y en a vers la vérité. Toute autorité de toute sorte et surtout celle qui s'exerce dans le champ de la pensée et de l'entendement est destructrice, néfaste. Les maîtres détruisent les disciples et les disciples détruisent les maîtres. Il vous faut être votre propre maître et votre propre disciple.

Et aussi, pour nous comprendre nous-mêmes, il nous faut une grande humilité. Aussitôt que l'on se dit "je me comprends", on a déjà cessé d'apprendre quoi que ce soit à son propre sujet ; ou si l'on se dit : "après tout, il n'y a rien à apprendre, puisque je ne suis qu'un paquet de souvenirs, d'idées, d'expériences, de traditions", on a également cessé de voir ce que l'on est. Lorsqu'on parvient à une réalisation, on a perdu les qualités propres à l'innocence et à l'humilité. Dès que l'on tient un résultat, ou que l'on cherche à s'informer en se basant sur des connaissances acquises, on est perdu, car on ne fait que traduire tout ce qui vit en termes de ce qui n'est plus. Mais si l'on n'a aucun point d'appui, aucune certitude, on est libre de regarder ; si l'on n'a aucun acquis, on est libre d'acquérir. Ce qu'on voit étant libre est toujours neuf. L'homme plein

d'assurance est un être humain mort.

"Est-ce que je me rends compte que je suis conditionné ?" C'est la première question à se poser, et non : "Comment puis-je me libérer de mon conditionnement ?" Il se peut que cela ne vous soit pas possible. Donc vous dire : "je dois me libérer" peut vous faire tomber dans un nouveau piège et dans une nouvelle forme de conditionnement. Savez-vous que même lorsque vous regardez un arbre en vous disant que c'est un chêne ou un banyan, ce mot, faisant partie des connaissances en botanique, a déjà si bien conditionné votre esprit qu'il s'interpose entre vous et votre vision de l'arbre ?

Tant que la perception du danger demeure dans le champ des idées, il se produit un conflit entre l'idée et l'action, et ce conflit absorbe votre énergie. On n'agit que lorsqu'on voit, dans l'immédiat, à la fois le conditionnement et le danger, à la façon dont on se verrait au bord d'un précipice. Ainsi, "voir" c'est "agir".

L'état d'une conscience si totalement présente est semblable à celui où l'on se trouverait en vivant avec un serpent dans la chambre : on observerait tous ses mouvements, on serait très, très sensible au moindre bruit qu'il ferait.

Sur le plan verbal nous ne pouvons aller que jusque-là. Ce qui est au-delà ne peut pas être mis en mots car le mot n'est pas la chose. Jusque-là, nous pouvons décrire, expliquer, mais aucun mot, aucune explication ne peuvent ouvrir la porte. Ce qui ouvrira la porte, c'est notre lucidité quotidienne, notre attention ; c'est la perception aiguë de ce que nous disons, de comment nous parlons, marchons, pensons. Cela peut se comparer au fait de nettoyer une chambre et de la tenir en ordre. Mettre de l'ordre dans la chambre est important dans un certain sens, mais, en un autre sens, n'a aucune espèce d'importance, car l'ordre, pour nécessaire qu'il soit, n'ouvrira ni la porte ni la fenêtre. Ce n'est pas non plus votre volition, votre désir qui l'ouvriront. Et vous ne pouvez inviter personne à le faire pour vous. Tout ce que vous pouvez faire, c'est maintenir l'ordre, c'est-à-dire être vertueux pour l'ordre lui-même, non pour ce qu'il pourrait susciter : être sain, rationnel, ordonné. Alors peut-être, avec de la chance, la fenêtre s'ouvrira et la brise pénétrera.

Il en va de même du désir sexuel et de toute autre forme de désir. Il n'y a rien de mal à désirer. Toute réaction est parfaitement normale. Si vous me piquez avec une épingle, je réagis, sauf si je suis insensible. Mais dans certains cas, la pensée intervient pour ruminer une réaction. Elle la transforme ainsi en plaisir. Elle veut répéter l'expérience, et plus on la répète, plus elle devient mécanique. Plus on y pense, plus on confère de l'énergie au plaisir. La pensée crée et alimente le plaisir au moyen du désir : elle lui donne une continuité, de sorte que la réaction naturelle qui consiste à désirer un bel objet est pervertie par la pensée. La pensée transforme le désir en mémoire et la mémoire est alimentée parce qu'on y revient maintes fois par la pensée.

Et maintenant posons-nous la question qui résulte des précédentes : peut-on devenir conscient de cette liberté ? Si vous dites : "je suis libre", c'est que vous ne l'êtes pas, de même que l'homme qui se dit heureux ne l'est pas, car s'il le dit, c'est qu'il revit la mémoire d'un certain passé. La liberté ne peut se produire que d'une façon naturelle, non en la souhaitant, en la voulant, en aspirant à elle. Elle ne se laisse pas atteindre, non plus, à travers l'image que l'on s'en fait. Pour la rencontrer, on doit apprendre à considérer la vie, qui est un vaste mouvement, sans la servitude du temps, car la liberté demeure au-delà du champ de la conscience.

Cette chose extraordinaire que l'homme a toujours cherchée, par le sacrifice,

l'adoration, les rapports sexuels, par des plaisirs et des peines de toutes

sortes, ne peut être trouvée que lorsque la pensée, se comprenant elle-même,

arrive à sa fin naturelle. Alors l'amour n'a pas d'opposé, alors l'amour n'a

pas de conflit.

Vous vous demandez peut-être : "Si je trouve un pareil amour, qu'adviendra-t-il de ma femme, de mes enfants, de ma famille ? Il leur faut une certaine sécurité." Si vous vous interrogez de la sorte, c'est que vous ne vous êtes jamais trouvés au-delà du champ de la pensée, au-delà du champ de la conscience. Si vous vous y trouviez une seule fois, vous ne poseriez pas de telles questions, car vous sauriez ce qu'est l'amour, en lequel il n'y a pas de pensée, donc pas de temps.

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