Aller au contenu
Kalium

Ted Kaczynski: le Raskolnikov Américain

Déchet(s) recommandé(s)

(modifié)

Les plus vieux d'entre vous se souviendront sans doute de l'interminable saga policière/judiciaire liée aux activités criminelles de celui qui fut surnommé Unabomber de 1978 à son arrestation en 1996. Peu d'enquêtes policières dans l'histoire ont fait coulé autant d'encre et monopolisé autant de ressources. N'eut été d'un peu de chance et d'une nouvelle approche forensique, le suspect serait possiblement encore libre aujourd'hui.

Theodore John Kaczynski

Né en banlieue de Chicago en 1942, Kaczynski est rapidement identifié comme un élève génial et se voit attribuer un Q.I. de 167 lors d'un test standardisé. On s'empresse alors de lui faire sauter 2 années à l'école si bien qu'il entre à l'Université Harvard à l'âge de 16 ans seulement. Étudiant modèle, il obtient facilement son baccalauréat en mathématiques mais ce sera au prix de carences socio-affectives importantes, lui qui ne socialise presque pas avec ses collègues plus vieux et plus expérimentés. 

Les choses se gâteront cependant par la suite. Au deuxième cycle, Kaczynski est recruté par le psychologue Henry Murray pour participer à une étude sur les élèves surdoués. Cette étude sert en fait de prétexte afin d'offrir à la C.I.A. des cobayes sur des méthodes secrètes de manipulation des comportements (mind control): c'est le projet MK-Ultra. Kaczynski en sortira grandement troublé mais déterminé à ne pas se laisser affecter par ces mois de conditionnement cruel aux limites de la légalité. L'étudiant en mathématiques poursuit donc son doctorat et obtient, après quelques années à l'Université de Chicago, un poste en enseignement à l'Université Berkeley où il devient le plus jeune professeur de l'histoire de l'institution. Il abandonne ses charges seulement 2 ans plus tard et disparaît de la vie publique par la suite. Il construit en 1969 une cabane dans les montagnes du Montana et y apprend à survivre en autarcie, coupé de tout lien avec le monde extérieur à l'exception d'une correspondance écrite avec sa mère et son frère.

Dans la solitude, Kaczynski développe une pensée philosophique opposant la liberté humaine, proche de la nature, à la technologie qu'il voit comme une forme d'asservissement de l'homme par l'homme. Proche des pensées de Rousseau ou de Thoreau, il croit que l'homme naît bon et que la société le corrompt. Plus particulièrement, Kaczynski s'attaque à la société industrielle et à la socialisation excessive qui rend selon lui les gens esclaves de leurs rapports sociaux. Sa pensée se radicalisera dramatiquement dans les années qui suivent et il commencera à fabriquer des bombes artisanales destinées à divers employés du domaine technologique qui servent alors de symboles afin de matérialiser sa haine envers les institutions qu'ils représentent. À la manière de Raskolnikov, Kaczynski croit qu'il est acceptable de tuer au nom d'une idée rationnellement valide. C'est l'utilitarisme éthique poussé au maximum et dépourvu d'empathie à l'égard des vies humaines. Visant surtout des chercheurs universitaires (ingénierie, informatique, foresterie) et des compagnies d'aviation, le F.B.I. lui donnera comme nom de code Unabom, c'est-à-dire University Airline Bomber. Au total, Unabomber fera 26 victimes (3 morts et 23 blessés) sur une période de 20 ans.

Enquête du F.B.I.

Kaczynski étant on ne peut plus prudent, les autorités policières ne disposent d'aucun indice pouvant identifier l'auteur des explosions. Le modus operandi du suspect est de prendre l'autobus avec quelques colis piégés et de les poster un peu partout aux États-Unis à partir de San Francisco afin de mettre les policiers sur de mauvaises pistes. On croira d'abord que le suspect est un employé du domaine aéronautique puisque Kaczynski s'inspire de leurs méthodes de fabrication pour ses mécanismes. Une analyse linguistique porte cependant à croire qu'il s'agit d'un homme bien éduqué et ayant grandit à Chicago. Cette nouvelle méthode forensique s'avérera par la suite fort utile quand Kaczynski exigera la publication de son manifeste, Technological society and its future, afin de cesser ses attaques. D'abord opposées à la publication, les autorités permettent par la suite au Washington Post de publier le manifeste afin qu'il soit lu par quelqu'un qui pourrait en reconnaître l'auteur. David Kaczynski, le frère du meurtrier, communique alors avec la police afin de leur faire part de soupçons à son égard. Ted Kaczynski sera arrêté peu après.

Documentaire sur le Unabomber: https://www.youtube.com/watch?v=o96XsGoWwSM

Série Netflix relatant les événements de manière romancée: https://www.imdb.com/title/tt5618256/?ref_=nv_sr_1

Raskolnikov et le Unabomber: https://www.newyorker.com/magazine/1997/02/24/dostoyevskys-unabomber

Modifié par Kalium

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

La série Netflix que j'ai écoutée est vraiment intéressante pour se plonger davantage dans le personnage (toujours incarcéré au Colorado).

Si quelqu'un se demande quel est l'enjeu de discussion avec un pareil sujet, je proposerais la question suivante:

Alors que Raskolnikov entendait tuer pour le bien de l'humanité en éliminant une vieille usurière inutile, Kaczynski ne s'attaque pas à des individus à proprement parler. Il s'attaque à des symboles et les victimes sont des dommages collatéraux. Évidemment, ses actions sont condamnables, sans aucun doute. Or, Raskolnikov se repent finalement à la fin du livre et accepte son sort (les camps de Sibérie) alors que le Unabomber demeure inflexible sur ses positions. Il a tenté de se racheter auprès des victimes mais il conserve la conviction qu'il n'a pas commis de crime au sens large.

Si l'argumentaire de Kaczynski possède certaines qualités, on peut aisément ne pas convenir de toutes ses positions. Il ne faut lire que quelques paragraphes de son manifeste pour s'en convaincre. Imaginons toutefois que tout ce qu'il a dit soit vrai et qu'on ne puisse réfuter aucun de ses arguments. Comment alors condamner ses actions? 

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Un déchet à ajouter?

Il faudra cliquer là ou là.

Devenir éboueur

L'inscription est gratuite, rapide et presque pas humiliante.

Je suis prêt!

Se connecter

Supposant bien sûr que vous ne voyez pas déjà banni.

Je veux revenir!

×