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Mes Solitudes - carnets d'un rêveur amer


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Merci! C'est l'hiver, il fait frette et ceci me réchauffe le cœur.

Comme le cliché du poète maudit, je me sens inspiré dans la tristesse. Si j'ai eu une bonne journée, comme aujourd'hui, je n'en parle pas, je ne le note pas. Et quand je tombe dans ma nostalgie et que je me retourne vers mon passé, je vois du négatif. C'est drôlement contradictoire avec le fait que j'aie écris plus haut que j'idéalise le passé, mais en fait ça s'explique :

Mon premier regard vers le passé est celui des tristesses et des traumatismes. Ce passé repoussant me fait tourner vers le futur. Et il m'y pousse avec tout ce qu'il corrompt dans mon esprit. Je regarde alors le futur, et j'y vois un reflet de mon passé superposé avec les événements du présent extrapolé. Cela me fait peur et je me retourne vers le passé à nouveau. Mon deuxième regard vers le passé est celui d'une personne à rassurer. Il vient me consoler, mais du même coup m'emprisonne dans le monde connu et les vieilles habitudes. Voilà pourquoi malgré que je me souviens d'un passé négatif, j'y revienne constamment. Il est confortable, il me permet de rester ainsi. La suite est un processus de réécriture du passé qui se fait plus ou moins consciemment. J'entretiens cette relation malsaine car m'en éloigner signifie de retourner vers le futur. Ce passé me ramène à l'ordre en me rappelant son idée du futur. Il m'y pousse pour que je vois les scénarios d'horreur et que je retourne vers lui plus volontairement. Quand ce passé me rebute à nouveau, il me représente le futur. Et j'y reviens nécessairement tant que je n'ai pas une idée sympa de ce que peut être l'avenir. C'est une valse infinie tant que je gaslight mon passé et qu'il me gaslight en retour.

Je pense être plus proche de la réalité si je décide de construire par dessus mes expériences passées au lieu de me tenir à ce que j'ai déjà. J'ai l'idée subconsciente que j'en ai assez vu, que j'en ai assez entendu, et que je n'ai pas besoin de m'aventurer plus. Quelle malheureuse toupie éternelle je suis de ne jamais vouloir faire autre chose que de tourner sur moi-même. Se sentir vieux, je crois savoir ce que c'est du point de vue psychologique. Se sentir au crépuscule de la vie, c'est un calvaire qui ne devrait pas être ressenti à mon âge. Mais parce que je me fait croire à moi-même que j'ai atteint mes limites et qu'il n'y a plus rien qui en vaille la peine au-delà, je suis coincé entre mon passé et mon futur, poussé par ces deux forces, un peu comme dans la parabole de Kafka sur le temps évoquée par Hannah Arendt. 

Pour en revenir à mon idée du jour, je voudrais écrire autant les expériences positives que les négatives, et me donner une image plus équilibrée de ce que je vis réellement. Alors voilà. Je passe un bon moment, tout simplement parce que je suis heureux d'apprendre. Je réalise que je suis dans un meilleur environnement social et cela me stimule d'une manière que je n'avais pas ressentie depuis mes années cégépiennes. Des espaces nouveaux existent dans ma tête et je peux les remplir de nouveauté avec un esprit plus mesuré qu'il y a 12 ans. Je suis heureux de faire du pesto, d'apprendre des recettes et les faire goûter, de retrouver la lecture, de recommencer les cours. D'écouter des nouveaux morceaux de musique. Je retrouve le goût. Je suis heureux de prendre soin de ma santé, d'avoir des gens qui me font confiance pour se confier. On peut se sentir moins seul, et il n'est pas interdit de l'écrire.

Ce sujet se nomme "Mes solitudes - carnets d'un rêveur amer" parce que j'ai eu un moment de désespoir, parce que je voulais être momentanément un poète maudit, inspiré par mes angoisses. Parce que je me sentais à ce moment condamné à jamais à la solitude et l'amertume. Mais il n'y a que le rêveur de permanent dans ce titre.

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Être figé est psychologiquement insupportable. Je crois qu'on supporte mieux un corps endolori quand on le sait capable de se mouvoir. Je le prends pour acquis et je n'ai jamais été contraint à ne plus bouger. Ce doit tout de même être traumatisant d'être enfermé dans une pièce qui nous moule le corps.

Un étouffement physique peut être ressenti de la même manière au niveau psychique. Mon corps est libre, mon esprit est moulé. Coulé dans le béton. Noyé dans le comble du claustrophobe.

Je retourne rituellement au même morceau de musique. Je croyais que le vidéoclip et le son combinés me donnaient le vertige. Comme si je flottais dans l'espace infini. Aujourd'hui, je me sentais plutôt absorbé par un trou noir. S'il y a bien un endroit où l'on peut se sentir étouffé, c'est dans un trou noir. Je ne l'ai jamais essayé, mais quelque chose me dit que je me sentirais un peu comme une sardine en boîte.

Comment pourrais-je retrouver le vertige de l'esprit ? Qu'est-ce qui me donnerait à nouveau un champ de possibilités à cultiver ? Peut-être que l'écriture personnelle est un exercice d'implosion. Un éclatement de l'intérieur. Un vacuum sourd qui, passé le point de rupture, fait place au fracas de l'air nouveau dans les éclats.

J'aime imaginer que les mouvements invisibles, silencieux et délicats sont les prémisses des plus grandes tempêtes de nouveauté et de transformation. J'ai l'impression que ce genre de mouvement est en cours dans le monde. Des crises étouffées. Des silences. Un effritement, un vide, le vacuum, les fracas et la tempête. On ne voit pas ce genre de mouvement. On ne sent pas toujours les faux-plats avant de se rendre compte qu'on a descendu une pente.

J'appréhende les moments de ruptures, positifs comme négatifs. Je me prépare à faire le vide et à casser le moule. Parce qu'on supporte mieux un esprit endolori quand on le sait capable de se mouvoir.

 

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Il y a 5 heures, Retromantique a dit :

As-tu déjà réussi à atteindre cet espace de sécurité intérieure ou tu doutes encore de son existence? 

As-tu déjà réussi  à réaliser à quel point tu sonnes comme un compte Instagram de développement personnel low-cost?

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Il y a 8 heures, Retromantique a dit :

As-tu déjà réussi à atteindre cet espace de sécurité intérieure ou tu doutes encore de son existence? 

Je l'ai déjà atteint mais je doute de pouvoir y rester assez longtemps pour en bénéficier.

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La sensation d'un grand vide, celui qui cille dans les oreilles quand on se retire du bruit, c'est une bénédiction. Je me sens plein de mauvaises choses et j'ai compris mon besoin de les régurgiter dans l'intimité de mes toilettes mentales.

Je me sens pollué par la nécessité de manger pour survivre dans un environnement de junkfood pour l'âme. J'accumule les informations sensorielles provenant de sources médiocres. Ce ne sont pas des pesticides qu'on peut retrouver dans sa bouffe, mais l'effet est tout de même comme un shot de RoundUp dans la cervelle.

Je me sens parfois comme un représentant de l'ère du pourrissement. Mais je me sens surtout dépassé par ces anecdotes de professeurs qui semblent dire qu'une part grandissante des préados ne savent plus lire. C'est un phénomène qui ne semble pas ralentir. Dans certains pays, les enfants minent, ici ils se font miner le cerveau.

Tout cela pour dire que toutes les informations qui nous traversent ne nous nourrissent pas, certaines sont des calories vides, voire des outils d'extraction. Car oui, on se fait miner, mais pas seulement pour se faire vider. On remplit les coffres des collecteurs de données, ces parasites d'une nouvelle espèce.

La valeur de la méditation est inestimable. Se retirer pour faire le vide, c'est protéger son intégrité. Je me sens renouvelé de nouvelles pensées sans avoir à consommer des informations. N'est-ce pas une chose formidable ?

Quel avenir les jeunes sauront-ils préserver? Je suis concerné pour eux et pour nous tous. Bien évidemment, bon nombre d’entre eux sont plein de ressources et d’intelligence, mais ils ne seront plus assez nombreux pour porter la société et ses crises grandissantes sur leur dos. Mon sentiment d’impuissance n’est probablement qu’un miniature du leur.

J’ai un haut le coeur.

Consommer les nouvelles ne m’aide pas à voir clair. Car ce ne sont pas des nouvelles, mais le rappel de notre décadence. Il n’y a rien de pertinent à maintenir les canaux ouverts quand ils font écho de la même thèse en boucle.

Je régurgite.

Je devrais guérir mon indigestion, jeûner un moment. Les reflux m’empêchent de dormir paisiblement.

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J'ai hâte au jour où les solutions reposeront sur des actes désintéressés et non sur l'idée que chacun doit tirer le plus fort sur la couette commune. Je pense qu’il faut bien sur prendre soin de soi, mettre son masque avant d’aider les autres dans le crash d’avion, mais subvenir à ses besoins ne devrait pas nuire à ceux des autres. Se permettre de violer la liberté de quelqu’un au nom de sa propre liberté me fait siffler des oreilles. Et pourtant, j’ai un problème qui n’est guère mieux : celui de me violer au nom de la liberté des autres. J’ai une disposition à l’aveuglement moral et les contorsions pour me faire à moi-même ce que je ne veux pas qu’on me fasse. Une forme d’hypocrisie qui n’est rien d’autre qu’un manque de courage. Le don de soi sans courage est l’insignifiance. Je confonds les actes désintéressés et ma dissolution.

J’ai tellement de désirs, et ils me contrôlent à tous les jours. Ça me fend le cœur. Et pourtant, dans un monde saturé et fracturé, cette notion de se satisfaire de moins pour partager aux autres est essentielle, mais très loin des idées qui me sont acheminées. J’ai essentialisé l’idée qu’on est juste des singes, mais je ne reçois pas souvent l’idée que c’est surpassable. J’oublie qu’il est possible d’agir au-delà de mes primitives. Quand on me le rappelle, je trouve que c’est évident. Mais je vois tellement d’exemples de gens qui embrassent la vie des singes. À quelque part, ça me semble positif de connecter avec son reptilien intérieur. C’est en revanche une cachette mentale qui abrutit. Parmi les trois singes et tous ces abrutis, je suis celui qui ne dit rien, et qui assiste impuissant à son manque de résolution. Quand je ne répond pas à l’appel et que je décide de rester seul chez moi, je participe à la fracture du monde.

On ne reçoit pas le reflet de notre potentiel collectif, car notre force est une menace pour ceux qui contrôlent le message global. Je suis un primate impuissant car je n’ai pas vu de quoi est fait un monde soudé.

Je déplore que nous soyons dirigés à nous complaire dans un individualisme indigent à travers cette idée que nous ne complèteront jamais notre collection de désirs. Mon malaise repose sur le fait que d’autres modes de vie que celui du gain pour soi soient méprisés, que ce soit en connaissance de cause ou inconsciemment. Je n’aime pas que la valeur monétaire vienne diriger les valeurs humaines. Que les valeurs matérielles remplacent les valeurs spirituelles. Je peux décider de ne pas profiter le plus possible et plutôt de redonner, même si cela se vaut le jugement d’être naïf, bonace ou utopiste. Ce n’est pas stupide de donner sans transaction. Il s’agit de faire un pas dans une direction nécessaire pour recoller les fragments. Recoller les fragments des communautés et des sociétés, c’est recoller ses propres fragments. Parce que les cassures traversent tout : les institutions et les hommes. Le self-abuse man en moi recherche un équilibre, mais honnêtement il croit vraiment que la cassure des mauvaises émotions en chaîne passe par une cassure intérieure qu’on est prêt à assumer pour les autres, en estimant être capable de la réparer soi-même.

Les bases des nouveaux communs attendent leur mise au monde, et c'est une construction ambitieuse pour ceux qui veulent garder intact la doctrine du bien public dans un monde nouveau. Je ne sais pas si j’aurai la force d’en faire partie, même si j’ai épuisé toute ma honte à me briser seul sans arrêter l’enchaînement.

Ma grille de lecture ne me permet pas de voir correctement le monde devant moi. Je cherche à la redéfinir avec ce que je trouve pertinent pour décrire ce qui se passe aujourd'hui. J'ai des mots pour décrire ma peine, ma consternation et ma lassitude, mais je n'en ai pas pour décrire l'unique moment que nous vivons tous à notre façon. Et tant que nous n'aurons pas les termes pour expliquer cette expérience commune, beaucoup d'entre nous se sentiront seuls et seront manipulables par les désirs et la résignation. Alors que la réalité se recadre à nouveau dans le mouvement de l’histoire, j’ai l’impression de me trouver devant des responsabilités qui dépassent mes soucis quotidiens. Et l'ignorer va me coûter cher. Assumer devient une nécessité et plus seulement une chose que j’envisage dans mes rêves.

C’est avec ce constat que je me sens obligé de réviser le rôle de la peur dans ma vie.

La peur a toujours été présente. Depuis plusieurs mois, elle a muté et est devenue une sensation étrangère, du moins je la sens comme si une puissance extérieure l’avait amplifiée. Elle me perturbe davantage, mais je comprends sa présence, je la trouve plus utile qu'avant. Je me sens comprimé d'une certaine façon à devoir me faire plus grand. Les sources de mes peurs sur lesquelles je peux avoir le contrôle ne peuvent plus être ignorées. Les peurs qui sont incontrôlables hurlent à mon visage. Elles me démolissent. Mais je crois être dans une leçon de tolérance. Les cris sont omniprésents et je m’y habitue. Je crois que la peur me respectera le jour où je lui aurai montré qu’elle m’a aidé à devenir une personne plus consciente des basculements inattendus de la vie, mais aussi une personne plus préparée. Un conflit gigantesque m’attend avec cette émotion, je le sais. Et c’est probablement à travers ce conflit qu’elle m’aidera à révéler mon courage. En attendant ce moment, je regarde des vies dériver dans mon silence complice.

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Je veux apprendre à faire des origamis de mes vieilles pensées chiffonnées.

Enfant, je jouais à l’étable, me promenais dans les champs, faisais du tricycle dans la cour de la ferme. Après la pluie, je voulais faire circuler l’eau en creusant des rivières et en colmatant les barrages dans le sol boueux, pendant que mon père œuvrait à maintenir son exploitation laitière à bout de bras et que ma mère s’occupait de la maison et du jardin de sa tranquille bienveillance.

J’ai connu un père qui s’est démené au travail et qui ne savait pas comment s’investir dans la vie de ses enfants avec le peu qu’il lui restait de ressources mentales. De mes yeux immatures, je n’avais pas la conscience du poids des responsabilités. C’est plus tard seulement que j’ai compris la douleur d’être un enfant dans un corps d’adulte débordé.

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TW : Mention d'idées suicidaires

Ma mère est une présence apaisante dans ma vie. Nous partageons une posture de crainte sur la vie, l'imprévisibilité du monde et les choses du quotidien. Moi adolescent, elle ménopausée, je lui ai fait la vie dure. Je lui en voulais de se tenir voutée, d'être indulgente. Je ne la croyais pas quand elle disait m'aimer. J'étais exigeant. Je n'aimais pas nos ressemblances et je voulais qu'elle soit un meilleur exemple. Elle avait trop de passé non résolu à ce moment-là.

Aujourd'hui, je suis fier d'elle car elle est devenue une personne beaucoup plus sereine. J'ai eu une enfance malgré tout paisible grâce à elle. Elle incarnait la stabilité et la réassurance, alors que mon père incarnait l'intransigeance et l'imprévisibilité des humeurs. Elle a cependant trop protégé ses enfants de leur père. Nous avions un peu grandi avec un mur invisible. La famille existait toute ensemble mais nous vivions en parallèle.

Je suis attaché. Voir ma mère avoir de la peine me fait très mal. Imaginer l'idée de sa solitude m'émeut. Quand j'ai envisagé réellement disparaître, la pensée de voir ma mère subir le traumatisme de ma perte me rendait si triste que je ne pouvais mettre mes idées sombres en œuvre.

Si j'avais été dans la solitude totale, quel lien m'aurait tenu en vie ? Probablement d'autres, mais rien d'aussi durable que le lien avec elle.

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Une fois, je suis revenu de l’école, mes parents et ma sœur n’étaient pas à la maison. Je ne me souviens plus pourquoi j’avais mal, c’est probablement parce que j’avais 14 ans et qu’une fille m’intéressait sans que je puisse lui parler. À cette époque, j’écoutais « The Downward Spiral » en boucle et c’est dans cet état d’esprit autodestructeur que je me sentais. Bref, en cette fin d’après-midi, j’étais seul dans cette grande maison, et pour défouler ma détresse, j’ai lancé un rouleau de « scotch tape » contre le mur. Le son du plastique qui éclate me procurait un certain soulagement. J’ai passé à travers l’emballage de 6.

Mon impulsivité m’a couté au cours de la vie plusieurs écrans de portables, plusieurs souris, des manettes de jeux, au moins 5-6 cellulaires et 2-3 trous dans les murs. Je traine encore une boite avec des téléphones tordus avec moi à chaque déménagement. Je n’ose même pas aller les redonner à l’écocentre tellement ils sont amochés.

Ces objets représentent la honte de ma colère incontrôlée. Enfant, un rien pouvait me rendre susceptible. C’est vrai que je ne savais pas du tout comment réagir aux remarques. C’est surement pour cela que je fais tout pour ne pas être remarqué.

Mes faiblesses émotionnelles m’enlèvent des parties essentielles. Ne pas utiliser ma colère, c’est en perdre les bénéfices. Là où je pourrais apprendre à m’affirmer, je suis devenu passif et complaisant.

Pour le moment, mes murs sont intacts, mes appareils électroniques fonctionnent bien et mon ruban adhésif sert à relier des choses ensembles, pas à les fragmenter. À défaut de m’exprimer adéquatement, je me comprime docilement.

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25 janvier 

Je me sens stupide. Ce soir, mon cerveau a fondu comme du beurre dans la poêle.

26 janvier

Un moment de trouble moral, de confusion mentale, de séparation des sens, du lait qui caille, du vin qui tourne au vinaigre, de la moutarde qui monte au nez, de l’estomac qui descend dans les talons, des chevilles qui enflent tellement je me sens loadé. La patate qui saigne du sang d’encre et cette encre qui revient à bon port sur la feuille. J’ai un moment de surcharge, une embâcle qui refoule tout ce qui veut s’écouler. La fonte fait déborder l’entonnoir, le catalyseur ne fournit pas. Les moulins à eau ont de l’eau jusqu’au plafond. La surcharge qui gèle. Un printemps qui s’arrête, un soleil qui ne monte plus dans le ciel, une impression que les égouts n’avalent plus mes déchets, mais me les renvoie. J’ai flushé mais ça remonte. J’ai bientôt de l’eau pleine les chaussettes qui sentent la pisse diluée dans les torrents des états d’âmes qui inondent mon espace. Je me réincarne au milieu d’une noyade passée, une noyade qui aura bien fait de figer une partie de moi à jamais. La fonte, c’est retrouver des cadavres de créatures, des amoncellements de déjections, des vieilles seringues souillées mais aussi des morceaux de soi, des bouts de chair froide. Et comment rassembler toutes ces parties de moi qui sont restées au sol pendant mes chutes ? Je trouverai un ruban adhésif (je ne les ai pas tous brisé), je recollerai ces morceaux, mais est-ce que ce sera suffisant ? Est-ce que j’ai les ressources nécessaires pour recoller les fragments ? Ferai-je un docteur Frankenstein de moi-même en raccommodant les bouts de chair entre eux ? Est-ce que la créature sera capable de vivre ? Est-ce que je serai capable de la comprendre ou serai-je le monstre ?

L’écriture me libère presque de façon surnaturelle. Une phrase lourde d'émotions me pince les côtes, et soudain une tension ancienne vient de se libérer. Je retrouve peu à peu mes bouts de chair figés dans les vieux tourments. Je me rapproche lentement de la débâcle. Mais je crains d’enlever mes couches de protection. Je me sens vulnérable à l’excès et si je ne prends pas soin de mon environnement, il m’empoisonnera comme il l’a fait par le passé.

J’ai besoin de filtres, de protection, de guides, et de garde-fous. J’ai besoin d’un moment de répit, d’un moment de création. J’ai besoin d’une heure tranquille pour pratiquer ma voix et l’assouplir, la réchauffer, la rendre plus forte, plus vraie, plus libératrice. Je veux que ma voix devienne le siphon ultime qui débouchera n’importe quelle toilette bloquée. Je veux garder les canaux ouverts afin que la fluidité reprenne. Et je me sentirai mieux dans ma tête comme dans mon cœur. Je me sentirai libéré de mes couches successives d’émotions empilées, comprimées, encapsulées.

Un choc, une électricité, une remise à la terre. Une nouvelle sensation ou une très ancienne. La quiétude me reprend. Mes tensions se relâchent par « à coups ».

L’air me semble différent. L’idée même de la réalité et des possibilités est différente. Ma manière d’écrire se modifie, mes pieds qui avancent ne sont plus les mêmes pieds. Les étreintes de mes vêtements sont plus réconfortantes. La saveur des pâtes et la tonalité de l’instrument qui joue ont de plus belles couleurs.

Ce soir, le lit sur lequel je reposerai aura le confort d’un berceau.

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28 janvier 11 :20

Chaque jour est un univers nouveau. Un différent refoulement d’égouts intérieurs. Différentes sensations du passées déclenchées. Plusieurs moi ressentent et c’est très lourd. J’avais mis les autres sur pause mais depuis quelques jours, ils ressortent de terre comme des morts-vivants qui demandent d’être réhabilités. Lesquels garderai-je en vie et nourrirai ?

Mes zombies veulent reprendre contrôle de mes neurones. Je veux en garder pour moi mais ils méritent leur part car ils ont déjà été moi. Et ils apportent avec eux des artefacts sensoriels et affectifs du passé qui me sont utiles pour élucider mon mystère.

28 janvier 16 :14

Tout est lourd. J’ai dormi pendant l’après-midi au lieu de travailler sur mes études. Je me suis rendu à la rencontre sans pouvoir dire un mot. Je suis en-dedans de moi et je n’ai pas d’énergie pour interagir avec le monde ou effectuer des tâches pratiques. Je dors en moi pendant qu’ils se réveillent et me dévorent de l’intérieur. Ai-je perdu contrôle ? C’est un poids excessivement lourd, des pensées chargées qui viennent me bombarder. Des bribes de toutes époques associées aux émotions débloquées. Une vrai débâcle cette fois. Mais au lieu de pleurer, je dors et je baille. Il est difficile pour moi dans ces temps-là de suivre mon emploi du temps. Je perds contact avec ce qui m’est nécessaire pour vivre dans le monde. Je sens que je suis dans un piège où je m’auto-valide sans me soucier de pouvoir m’insérer comme une partie fonctionnelle de la société. J’ai l’impression que c’est pendant ces moments de retrait cognitifs que je prends des décisions égoïstes. Que je laisse tomber des choses, que j’abandonne, que je romps ma trajectoire par souci de soigner des émotions personnelles.

Je me sens lâche et illusionné par ces moments hautement chargés de vie intérieure. Mais je sens que c’est plus fort que moi. J’ai l’impression que je ne peux pas faire ce que j’aime car cela signifie me retirer du monde et ne plus considérer aucune question pratique. Cela signifie que je perds la notion de la débrouillardise, du pragmatisme nécessaire pour subsister. La pureté que je recherche se supprime elle-même tant elle ne se donne pas les moyens d’exister. Pour la faire perdurer, j’ai l’impression de trop devoir sacrifier et qu’au final cela ne sert à rien.

J’ai l’impression de devoir choisir entre le rêveur animé de vie et d’un sens personnel, et entre un homme résigné à suivre le pas de la société pour se nourrir et se loger. Aucun des deux choix me semble viable. La combinaison des deux me semble impossible.

Mes pulsions me pousseraient à fracturer totalement ce qui me cadre et de me lancer dans le vide, non par envie suicidaire, mais par envie de vivre quelque chose qui fait du sens.

Ce qui est logé au fond de moi dois être exprimé, c’est un besoin que je veux respecter. Mais j’ai l’impression de ne pas avoir ce privilège. Ce que j’exprime n’a pas assez de valeur, n’est pas raffiné, n’est pas digne d’être de l’art. Je crois que je ne mérite pas d’essayer l’art, surtout pas après avoir gaspillé des années à ne pas en faire. Pourquoi est-ce que je mériterais d’en vivre alors que d’autres bien meilleurs techniquement n’en font pas leur métier ? C’est bien cela qui me fait penser que je dois absolument me caser dans un monde qui paie mes assurances, mon loyer et mes congés maladies.

Se respecter et se faire mal dans le monde ne sont pas exclusifs, mais l’équilibre durable entre l’épanouissement de l’âme et celui des affaires quotidiennes reste introuvable.

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Quand j’ai été diagnostiqué du diabète de type 1 à 14 ans, j’ai passé une bonne semaine à l’hôpital. Je devais aller à la fête à mon ami. J’avais préparé le gâteau. Il était dans la voiture que ma mère a conduite pour m’amener. On est d’abord allé faire un tour à l’urgence pour voir si les symptômes dont je me plaignais avaient une cause. Mon ami n'a jamais eu son gâteau.

En voyant le résultat sur le glucomètre, je n’ai pas pu me retenir de pleurer. Je crois que c’est la dernière fois que je n’ai pas réussi à cacher mes larmes à ma mère.

J’ai passé une semaine au lit, et mes marches consistaient à faire des aller-retours dans les corridors de l’unité. Ma mère avait apporté des crayons et du papier. Je dessinais des cartes imaginaires avec des points pour représenter des villes et des lignes pour représenter les routes. Je créais systématiquement des cartes selon le même modèle. Je devais en avoir dessiné des centaines. Je les regardais pour m’y évader.

Mes sœurs m’avaient acheté un livre sur les meilleurs albums de rock de tous les temps. J’ai lu la musique. Je me suis intéressé à des bands que je ne connaissais pas avant. REM, Primal Scream, David Bowie. Mais ce que j’avais sur ma clé USB mp3 était le dernier album de Muse, ce même album qu’on écoutait dans la Corolla neuve à mon père lorsqu’on prenait la route pour Sainte-Justine. Dans cet hôpital, J’ai vu des enfants bien plus jeunes avoir cette maladie. Je me trouvais chanceux d’avoir pu manger des montagnes de gaufres au sirop d’érable et des tartines au sucre avant de me faire démolir les îlots de Langerhans. Eux ils ont perdu des années de plus.

Mon absence à l’école semblait n’avoir dérangé personne. Mes amis n’étaient pas venus me visiter à l’hôpital. Je sais que certains avaient pris des nouvelles. Mais mon retour fut difficile. Je trainais avec moi de nouveaux secrets. Des barres aux fruits et des boites des raisins secs. Des piqûres au doigt à chaque récré, caché derrière la porte de mon casier. Et je devais toujours manger pendant la pause. Un midi, j’ai dû aller voir l’infirmière avec un ami pour qu’elle lui montre à utiliser la grosse seringue de Glucagon, une énorme aiguille qu’il devait planter dans ma cuisse si jamais je perdais connaissance.

J’ai dû refaire avec lui une présentation orale devant le prof suppléant qui me trouvait déjà bizarre. Je personnifiais un athlète handicapé. Mais au lieu de dire mon texte, j’étais pris de rires nerveux. Ma tension s’exprimait ainsi.

Plus rien n’a été pareil depuis 2009. Ma solitude a pris une coche.

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Dans la voiture comme dans l’autobus, j’ai fixé le vide. Devant mon écran, j’ai compilé les erreurs.

En ce moment, je prends une pause de mes études pour reprendre mes sens. je sens les cernes sous mes yeux et mon dos est tendu par tout ce que j’ai transporté dans mon sac. Aujourd’hui est une journée où écrire serait l’équivalent de vider un pot de chambre dans la rue. Je ferme mon laptop pour une heure. Je préfère aller marcher en silence et reprendre mon travail quand l’air glacial m’aura réveillé.

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Je travaille dans un monastère, converti en hôtel, lieu de ressourcement, et musée. Ma journée se déroule sans mot, à faire le ménage des chambres. Je préfère parfois ce silence, mais souvent j’ai de la musique dans les oreilles. L’odeur de l’huile essentielle que l’on met sur les petits sacs de billes d’argiles accrochés dans les armoires me plonge dans un état de concentration paisible. Une fois, je suis accidentellement parti avec un flacon dans ma poche de pantalon, et j’ai décidé de le garder à la maison pour le sentir quand j’ai besoin d’un petit buzz tranquille.

Les chambres sur un des étages ressemblent à celles que les sœurs utilisaient, et des peintures sont exposées entre chaque porte. Les toiles sont protégées par des vitres et éclairées par des spots. Je me cogne la tête contre les cadres de porte, qui sont devenus des trapèzes avec le temps. Quand j’époussette la rampe des escaliers en coin, j’essaie de ne pas les débouler. Le bois massif est solide mais courbé par les siècles.

Je croise peu les sœurs. Il n’en reste que 5 et elles sont le plus souvent dans leur aile privée. Ma superviseure m’a dit qu’elles ne seront plus là pour très longtemps. Sans les Augustines, le monastère n’aura plus que sa nouvelle vocation.

Je me dis souvent que je déteste mon travail. C’est plus éreintant que lorsque je faisais le ménage à l’Aquarium ou dans les postes d’Hydro. Mes minutes sont toutes précieuses, du début jusqu’à la fin de mon shift. Je me demande à quel point il est possible de trouver le repos dans le travail, la concentration dans chaque moment. Est-ce qu’un jour je ferai communion avec le divin en cet endroit ? En tout cas, tant que je pourrai sniffer leur huile essentielle, ça me va.

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