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Le néolibéralisme, la mondialisation et leurs dérives


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Oï collègues éboueurs. Après avoir entendu @Daleko faire référence plusieurs fois aux problématiques liées au néo-libéralisme, j'aimerais ouvrir une poubelle à ce sujet. Attention, Woot de ce monde, vous chiez déjà partout sur le forum pour vous insurger contre tout ce qui touche le féminisme intersectionnel, faque si vous voulez en parler. il y a déjà bien des poubelles pour ça. Non, ce qui m'intéresse, c'est le reste. Par exemple :

 

Révélation

Durant la pandémie, l’enseignement supérieur a dû se faire, du moins pour l’essentiel, « à distance ». Je mets cette expression entre guillemets, car, si elle est passée en une année dans le langage courant, elle n’avait pas a priori la sorte d’évidence qu’elle a depuis acquise. Sauf cas particuliers, aux besoins desquels répondaient déjà avant cette crise la TELUQ et d’autres ressources liées aux établissements scolaires, il était entendu qu’un enseignement était donné par un enseignant, dans une classe, devant un groupe d’étudiants. Une nouvelle évidence en a donc remplacé une autre. À n’en pas douter, cela laissera des traces, et ce type d’enseignement est désormais là de façon définitive.

Une des choses qui me font penser que cet enseignement « à distance » ne prendra pas fin avec le retour à la normale, c’est qu’il s’inscrivait dans la continuité de tendances déjà bien présentes dans les établissements éducatifs, dès avant la pandémie. Toujours en quête de nouvelles « clientèles », cégeps et universités avaient ainsi à peu près tous commencé à mettre en œuvre ou bien avaient dans leurs cartons des plans pour offrir des cours en ligne à un bassin de plus en plus étendu d’étudiants. La pandémie aura permis une accélération de ces projets, ainsi qu’une expérimentation à grande échelle.

D’autre part, l’enseignement supérieur, du moins au collégial, s’orientait également depuis plusieurs années vers une technicisation accrue de l’acte d’enseigner, qui n’est pas non plus étrangère au fait qu’on ait pu envisager si facilement ce passage à un enseignement « distancié ». Cela se traduisait entre autres par la traduction des objectifs de chaque cours en « compétences », autrement dit la substitution de savoir-faire aux savoirs autrefois enseignés et des contenus de cours de plus en plus strictement formatés. Ces éléments, que l’on a vus également à l’œuvre au primaire et au secondaire lors de la dernière réforme pédagogique, faisaient en sorte que le professeur de cégep était de moins en moins considéré comme un spécialiste de sa matière plutôt que comme un créateur de formules pédagogiques aptes à rendre intéressantes des matières (je pense surtout ici aux matières générales telles que la littérature ou la philosophie) dont on semblait tenir pour acquis qu’elles ne l’étaient pas par elles-mêmes.

L’éducation désinstitutionnalisée

Si j’insiste sur cet aspect des choses, c’est parce que le passage forcé à l’enseignement « en ligne » n’a fait que confirmer ces tendances et renforcer ces évolutions vers un enseignement que l’on peut qualifier de technicisé, mais aussi de déshumanisé, en ce sens que celui-ci ne se propose plus de transformer l’individu, de le faire évoluer en lui permettant d’acquérir une culture, une connaissance du monde, de développer des aptitudes à la réflexion personnelle, etc., mais d’offrir une formation ad hoc, une série de savoir-faire spécifiques, monnayables ensuite sur le marché du travail (ou sur celui plus subtil du statut social). On assiste, autrement dit, à l’enterrement de première classe, entrepris depuis longtemps, mais réalisé en catimini (puisque tout ceci n’a jamais fait l’objet d’aucun véritable débat démocratique) d’un idéal éducatif qui remonte à l’Antiquité et que faisait encore sien le rapport Parent. L’éducation cesse d’avoir pour fonction essentielle de former des « citoyens éclairés » pour devenir une activité formative parmi d’autres, dans laquelle les étudiants sont de moins en moins engagés personnellement et à laquelle d’ailleurs ils consacrent de moins en moins de temps.

Cette évolution, qui se présente toujours comme une simple « modernisation » pédagogique, masque en fait une véritable désinstitutionnalisation de l’éducation. En caricaturant à peine, on peut dire que nos établissements éducatifs se transforment sous nos yeux en prestataires de services où des étudiants-clients viennent acquérir un capital-formation. Pour ce genre de prestations, il va de soi que la rencontre d’un professeur et d’un groupe d’étudiants, un bâtiment où cette rencontre peut avoir lieu, des règles instituées permettant, encadrant et favorisant une telle rencontre orientée vers une finalité éducative reconnue par les uns et les autres ne sont guère nécessaires. Que s’instaure entre celui qui enseigne et ceux qui reçoivent cet enseignement un rapport humain authentique, fait de confiance et de respect réciproque, n’est, dans cette perspective, pas très utile non plus, alors qu’il est central dès lors qu’il s’agit de former quelqu’un intellectuellement. Ainsi, durant la pandémie, il a beaucoup été question des problèmes psychologiques occasionnés chez les jeunes par le confinement et l’isolement qui en découlait, mais on n’a à peu près pas parlé de cette relation professeur-étudiant qui ne peut pourtant que péricliter lorsque l’enseignement se fait à travers un écran.

Bref, ce n’est pas tant ce passage obligé à l’enseignement « à distance » que la facilité, voire la légèreté, avec laquelle il a pu être envisagé par nos décideurs institutionnels comme politiques qui est révélatrice des mutations en cours dans le monde de l’enseignement supérieur. Celui-ci renonce peu à peu à sa mission de former les esprits ; on y multiplie les filières de formation et les cours, moins parce que ceux-ci apparaîtraient fondamentaux que dans le but de moduler l’offre, d’attirer sans cesse par ce moyen de nouveaux clients.

De ce point de vue, l’enseignement « en ligne » constitue à n’en pas douter une étape cruciale vers une marchandisation de l’éducation, c’est-à-dire sa soumission définitive aux normes du marché. Or, outre qu’il transforme en profondeur la nature même de l’éducation, ce nouveau marché éducatif a aussi ses perdants. Sans que personne s’en émeuve trop, on a tous pu constater que cet enseignement a été catastrophique pour les élèves les moins motivés, les moins soutenus et encadrés dans leur milieu social, ceux également qui jouissaient de moins bonnes conditions pour étudier (en matière d’équipement informatique ou de logement notamment). Comme tout marché, celui de l’éducation a ses laissés-pour-compte.

On est entrain de devenir des machines qui peuvent télécharger des applications et des mises à jour de nos compétences et non plus des humains qui apprennent l'art de la réflexion. Je suis très mitigée sur tout ça. 

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Le miracle du néolibéralisme, c'est de ne laisser vivre que l'instrument "utile". La réflexion n'en fait pas partie.

 

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Il y a 2 heures, Goéland a dit :

Le miracle du néolibéralisme, c'est de ne laisser vivre que l'instrument "utile". La réflexion n'en fait pas partie.

Elle redeviendra l’apanage des élites si ça continue comme ça. 

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Quand tu parles du Neoliberalisme, tu parles du "Free Market"? 

Je considere le neoliberalisme comme le cote obscur du capitalisme-social, que le marche soit libre tant que l'etat providence est respecte. J'insiste la dessus, aucun interet a avoir un un gouvernement qui ne protege pas ses concitoyens. 

Mais le neoliberalisme est pas vraiment ce que je blame. Quand le personnel soignant a manifeste pour protester contre la privatisation des hopitaux, on s'est fait charger par les CRS. Quand les profs manifestent (depuis quoi ? 50 ans ?) contre la privatisation de l'education, le premier reflexe du francais est de le traiter de branleurs. Les cheminots, pareils.  Le personnel penitencier n'a meme pas eu le droit de l'ouvrir. 

La France en est la parce que les gens l'ont voulu, leur frics, leurs votes. 

Mais si tu veux vraiment savoir a quel point le neoliberalisme est un cancer,  tu as le Consensus de Washington, qui sert a imposer le neoliberalisme sur les pays du tiers pour affaiblir les parties de gauche et en consequence, tout le pays. Et c'est la que tu t'apercois du cote vicieux du truc. Ce qui est marrant, c'est que ca fait des decennies que c'est connu en Amerique du Sud mais curieusement, c'est maintenant que ca les incommode que je vois les blancs se reveiller. Une coincidence, certainement. 

Cela dit, la difference est qu'un cote l'a choisit, l'autre se l'ai fait imposer. Et ma sympathie va aux victimes. 

 

Pour la mondialisation, je suis moins critique: deja parce qu'on ne peut pas arreter le progres et ensuite parce que je profite de ses benefices plus que je ne souffre de ses derives.

La mondialisation, c'est juste la suite logique de la route de la soie, des routes maritimes, de l'exportation des epices, des ideologies, de litterature, d'art, de technologies. La Chine n'existait pas encore que c'etait deja en marche. En soit, je trouve qu'on surestime beaucoup a quel point on est "mondialise" quand tu vois que seulement 4% de la population terrestre a deja pris l'avion et un plus petit pourcentage encore vit dans un pays different de celui de ses origines. 

Ce n'est rien de plus que la marche du monde. Et on ne l'arretera que par un seul moyen. 

Et comme pour le neoliberalisme, c'est ton fric qui encourage le monopole de marches regionaux, c'est ton fric qui encourage les entreprises a chercher de la main d'oeuvre toujours moins cheres et corveables a merci. 

D'ou viennent les realisateurs ou auteurs  dont tu vois les films ou lit les livres ? Moins d'une dizaine de nationalites, tres certainement. 

 Je comprend l'anti neoliberalisme ou du moins une opposition a lui. Pour la mondialisation, c'est exactement la solution contraire. Il faut une extension. Ouais, ca viendra avec les problemes comme le terrorisme, les pandemies et autres derives mais c'est le meme systeme qui a rendu possible que tu puisse grandir sur des terres volees, de prendre l'avion pour aller en France cet ete etc. 

La seule derive que je vois a la mondialisation, c'est qu'on en a pas assez et qu'on se fout d'avoir du sang sur les mains, pourvu qu'on puisse avoir la tesla dont on reve.

 

 

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Je trouve ta réflexion sur la mondialisation fort pertinente, tu as raison de séparer les deux phénomènes. Je n’étais pas au courant du Consensus de Washington, mais je savais que les pays tiers se font imposer le néolibéralisme. Et oui, je parlais surtout dans le sens du marché libre.

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Concernant la réflexion sur l'éducation, je crois que tu serais probablement intéressé par ce texte d'un prof de philo que j'ai eu au Cégep.
Texte qui date de 2004, mais qui me semble pertinent.

C'est le premier prof que j'ai eu qui m'a forcé à sortir un peu de ma chaise confortable en arrivant au cégep.

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Le 2021-06-09 à 05:04, Commissaire Laviolette a dit :

Concernant la réflexion sur l'éducation, je crois que tu serais probablement intéressé par ce texte d'un prof de philo que j'ai eu au Cégep.
Texte qui date de 2004, mais qui me semble pertinent.

C'est le premier prof que j'ai eu qui m'a forcé à sortir un peu de ma chaise confortable en arrivant au cégep.

J'avais ouvert ce lien dans un onglet depuis la semaine passée, attendant le bon moment pour en lire le contenu. L'école sert à acculturer des humains à la société dans laquelle ils devront vivre, or, notre société est de plus en plus technocrate. On avait touché à cette question dans notre cours de philosophie de l'éducation. Ça me concerne tout particulièrement puisque je m'enligne pour enseigner la philosophie au secondaire, et que dans notre formation de futurs enseignants nous avons justement des cours de pédagogie et de didactique. Pour se garder de tomber dans le piège de la nouveauté, il importe de vérifier les données produites par la recherche. De la même façon mais dans le sens inverse, des enseignants sont aussi susceptibles de souscrire même aux vieilles techniques sous prétexte du "gros bon sens", alors qu'elles ne résistent pas non plus à l'examen. Cela dit, ce que j'aime de cette lecture, c'est comment il analyse le relativisme des nouvelles générations, ce qu'il appelle la tolérance agressive. Ça va être tout un défi à gérer. J'en informerai mon apprentissage lors de mes stages en portant mon attention à la question. Merci pour la suggestion de lecture. <3

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