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Déchet(s) recommandé(s)

Le 2018-07-25 à 22:09, Pandore a dit :

 

 

Le 2018-07-27 à 17:15, Goéland a dit :

Cette voix, ce clip.

 

 

Le 2018-07-25 à 16:30, Goéland a dit :

 

 


Ils viennent à Montreal en septembre/ octobre, messemble.

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Moi je ne suis pas révolté parce que tout va mal, mais parce que tout va trop bien.
Ce que je recherche, c’est la barbarie originelle.  Retrouver l’anarchie originelle ! 
C’est pour ça que j’estime qu’un régime de dictature très dur ne peut que provoquer cette anarchie originelle fondamentale où tout serait magnifique.

 

 

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Révélation

 

Depuis 1965, les chansons de Jackson C. Frank se transmettent tels de précieux secrets. Des admirateurs comme Simon & Garfunkel ont repris les pépites neurasthéniques de son unique album, Blues Run the Game, perpétuant le mythe du plus célèbre des chanteurs folk inconnus, capable d'émouvoir jusqu'aux robots de Daft Punk qui, en 2006, utilisèrent le titre Dialogue (I want to be alone), dans la bande originale de leur long-métrage, Electroma.

Blues Run the Game, "le blues est maître du jeu". Rarement le titre d'un disque aura autant collé au destin de son auteur, même si "Tragedy Run the Game" aurait décrit encore plus justement le parcours maudit de Jackson C. Frank. Le sort l'accable dès l'enfance, quand, en mars 1954, l'explosion d'une chaudière embrase son école de la petite ville de Cheektowaga, dans la banlieue de Buffalo (Etat de New York). Quinze élèves périssent dans les flammes. Avec de la neige, des camarades de classe parviennent à éteindre les vêtements en feu de Jackson, mais les brûlures du blondinet lui vaudront sept mois d'hôpital. Cadeau d'un de ses professeurs pendant sa convalescence, une guitare soulage ses mois de calvaire et sert de guide à une voix qui animait déjà les repas familiaux en reprenant les succès de l'époque.

EXIL LONDONIEN

Enfant de la petite bourgeoisie, Jackson se laisse ensuite gagner par l'excitation du rock'n'roll. Fan d'Elvis Presley, il électrise sa six-cordes et joue dans ses premiers groupes. Sa maman l'emmène même en pèlerinage à Memphis, devant Graceland, la légendaire villa du King. A l'instar de la bohème estudiantine de la Côte est, au début des années 1960, Jackson Carey Frank – alors apprenti journaliste – se laisse séduire par les émotions intimistes du folk et la redécouverte du blues. Avec un copain, John Kay, futur chanteur de Steppenwolf, il écume les clubs, inspiré par l'aura d'une icône naissante, Bob Dylan.

A 21 ans, la chance semble enfin lui sourire. En dédommagement du traumatisme qu'il a subi enfant, il perçoit 100 000 dollars d'une compagnie d'assurances – une fortune à l'époque. Passionné de voitures, le jeune homme s'offre une Jaguar. Il repère aussi que les ventes automobiles les plus alléchantes se font en Grande-Bretagne. Pourquoi ne pas aller en Angleterre ? D'autant que sa petite amie de l'époque veut s'exiler à Londres. A bord du Queen Elizabeth II, sur lequel il traverse l'Atlantique, Frank compose la chanson titre de son futur unique album. Ballade d'une gravité lumineuse, Blues Run the Game est le premier témoignage d'une inspiration qui va scintiller pendant plusieurs mois.

A Londres, Jackson C. Frank s'épanouit dans cette effervescence libératrice. Lui qui boitille à cause de la peau prélevée sur sa jambe pour des greffes au torse et au visage, se découvre dandy folk. Sa rencontre amoureuse avec une infirmière de 19 ans, Sandy Denny, encouragera celle-ci à se consacrer à plein-temps à la chanson, pour devenir une des plus envoûtantes voix de la scène britannique. L'Américain partage aussi un appartement avec des compatriotes en exil, Art Garfunkel et Paul Simon. Après l'échec commercial d'un premier album, Wednesday Morning, 3 A.M., le duo est venu s'oxygéner en Europe et en Angleterre.

Impressionné par les chansons de Frank, Paul Simon lui offre de produire un album à ses frais. Seul à la guitare, le chanteur enregistre dans un tel état de nervosité qu'il demande à être caché derrière des écrans. Un ami de l'époque, le guitariste Al Stewart, future star de la pop folk des années 1970 (Year of the Cat), l'accompagne sur un morceau. "C'était probablement la session d'enregistrement la plus étrange que j'ai connue", témoignait-il, en 1995, dans le magazine Folk Roots. "Quand Paul disait : "OK, nous sommes prêts", il y avait d'abord deux ou trois minutes de silence absolu pendant lesquelles Jackson se mettait en condition. Puis émergeaient cette guitare et cette voix magnifiques."

VIEILLE VALISE ET DES LUNETTES CASSÉES

Tout en sombres dentelles, les chansons de Blues Run the Game rencontrent à leur sortie, en 1965, un accueil enthousiaste. Le disque est diffusé par John Peel, jeune DJ underground de la BBC. Frank est invité à la télévision anglaise et remplit les clubs. Plusieurs de ses bijoux dépressifs deviennent des standards du répertoire folk. Simon & Garfunkel gravent une magnifique version de Blues Run The Game. Son amie Sandy Denny enregistre plusieurs de ses chansons. Nick Drake, figure culte de la mélancolie musicale, se fait la main en reprenant ses refrains. Tout semble prêt pour écrire les chapitres d'une carrière. Cet album en restera l'unique épisode discographique, précédant une longue descente aux enfers.

Car, lorsque vient le moment de réfléchir à une suite, le jeune homme se paralyse devant la page blanche. Après un train de vie flamboyant, ses ressources pécuniaires ont aussi fini par s'évaporer. Il part se ressourcer aux Etats-Unis, déménage à Woodstock, qui n'a pas encore donné son nom à un festival mythique. Il y dirige quelque temps un journal local, puis retourne en Grande-Bretagne où il rate son come-back dans une patrie désormais vouée au rock.

De retour à Woodstock, son mariage avec un ancien mannequin se désagrège, alors que leur fils meurt en bas âge d'une fibrose kystique. Brisé, le chanteur plonge dans une dépression sans fin. D'institutions psychiatriques en foyers d'accueil, assommé de médicaments, Jackson C. Frank dérive jusqu'à New York, où il survit en vagabond pendant près de vingt ans. Miraculeusement retrouvé, au début des années 1990, par un jeune fan, Jim Abbott, Jackson se fait soigner et trouve un logement grâce à cet ange gardien.

Abbott se souvenait de la première visite rendue à Frank, dont il n'avait rien vu d'autre qu'une image datant des années 1960 : "C'était comme rencontrer l'homme-éléphant !" Le svelte folksinger est devenu un clochard obèse. "C'était si triste. Tout ce qu'il possédait était une vieille valise et des lunettes cassées."

Le destin s'acharnera une fois de plus sur Jackson quand, à l'extérieur de l'asile où il résidait, il se fait tirer dessus par une bande de jeunes gens et perd l'œil gauche. Pourtant, avec l'aide d'Abbott, qui parvient à lui obtenir des droits d'auteur sur son seul album, réédité dans les années 1970 (avec quelques très belles chansons inédites, datant des années 1975), le chanteur repart s'installer à Woodstock. Il y passera quelques années moins misérables, rejouant parfois dans des clubs de la ville, avant que son cœur ne se brise définitivement, le 3 mars 1999, le lendemain de son 56e anniversaire. A jamais asservi par le blues.

Le Monde, Stéphane Davet, 02.08.2013

 

 

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On m'a fait découvrir ceci cette semaine. Je ne suis plus capable d'écouter autre chose que cet album...

Révélation

 

 

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Certains jeux valent la peine qu'on meurt... au moins une fois :

 

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